12 November, 2019
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Virginia Hall : l’espionne à la jambe de bois

« Chienne canadienne boiteuse », Klaus Barbie.

Qui se souvient de Virginia Hall, l’espionne à la jambe de bois, qui fit frémir le Troisième Reich ? La Gestapo la décrira comme « la plus dangereuse de tous les espions alliés. »  Des centaines d’avis de recherche seront placardés avec récompense à la clé. Sans succès. Klaus Barbie se chargera personnellement du dossier. Il fulmine : « Je donnerais n’importe quoi pour mettre la main sur cette chienne canadienne boiteuse et l’éliminer. » Virginia Hall n’est même pas canadienne. Sa véritable identité restera longtemps mystérieuse. Et il y a beaucoup d’autres choses que les nazis ne savent pas à son propos…

Virginia Hall nait à Baltimore le 6 avril 1906 dans une famille aisée. Etudiante exceptionnelle à la Roland Park Country School, elle devient rédactrice en chef du journal de l’école et capitaine de l’équipe de hockey sur gazon. Ses pairs se souviennent d’elle comme de la « plus originale des élèves ».

Après avoir impressionné ses camarades, elle poursuit ses études à Barnard et à Radcliffe, deux des plus prestigieux collèges d’arts du pays. Hall ensuite décide de poursuivre ses études dans des villes européennes comme Paris et Vienne. À l’étranger, elle obtient un diplôme en économie et en droit international. Outre l’anglais, elle parle couramment le français, l’italien et l’allemand.

Après avoir terminé ses études, Hall accepte un poste de secrétaire à l’ambassade des États-Unis à Varsovie en 1931 avant d’être transférée à Izmir, en Turquie. C’est là-bas, en 1932, qu’elle se tire accidentellement une balle dans la jambe alors lors d’une partie de chasse. Lorsque la gangrène s’installe, sa jambe gauche est alors amputée sous le genou.

Ce malheur tragique anéantit tout espoir pour Hall d’intégrer le corps diplomatique, comme elle le désirait tant, car le département d’État applique des règles strictes contre l’embauche de personnes handicapées.

En dépit de sa lettre d’appel à ce sujet, la secrétaire d’État, Cordell Hall, répond que « Hall serait une jolie fille pour une carrière dans les services consulaires. »

Mais Virginia Hall n’abandonne pas. Au lieu de cela, elle apprend à marcher à nouveau avec une jambe prothétique (qu’elle surnomme « Cuthbert ») et démissionne de son poste d’assistante en 1939, en quête d’un avenir meilleur.

Elle rentre à Paris à la veille de l’invasion allemande en mai 1940. Décidant de contribuer à l’effort de guerre, Hall travaille comme chauffeur pour le service d’ambulance français. Cependant, elle fuit à Londres lorsque Paris tombe aux mains des Allemands.

À Londres, elle se porte volontaire au sein des opérations spéciales (SOE) et suit une formation aux armes et aux activités de résistance. Bientôt, Virginia Hall commence à utiliser ses compétences et se fait connaître comme l’un des espions les plus légendaires de la Seconde Guerre mondiale.

En rejoignant le SOE, Virginia Hall (nom de code « Germaine », entre autres) est envoyée en France pour recueillir des informations sur les opérations allemandes et coordonne les opérations de largage, organise et arme la résistance française. Couverture : journaliste du New York Post. En novembre 41, Hall met en place un réseau secret de résistants français, baptisé HECKLER.

HECKLER connait un succès incroyable en contribuant à la sécurité des pilotes britanniques, en fournissant des informations aux Alliés et en introduisant plusieurs nouveaux agents SOE en France. Mais Hall doit abandonner son poste et fuir en Espagne.

Cependant, quelques mois auparavant, la Gestapo nazie avait déjà commencé à chasser la « Dame boiteuse ». Barbie capture de nombreux agents HECKLER, mais pas Virginia Hall.

Bientôt, elle est en sécurité en Espagne, mais pas avant d’avoir enduré le dur voyage hivernal hors de France à travers les Pyrénées – jambe prosthétique et tout le calvaire qui s’en suit.

Elle se fraye un chemin à travers la tempête en tirant sa jambe de bois tout en utilisant sa jambe active pour se faufiler dans la neige. À un moment de son parcours périlleux, Hall transmet un message à ses supérieurs à Londres et les informe, en plaisantant, que « Cuthbert » lui cause des problèmes. Ils répondent : « Si Cuthbert vous pose des problèmes, faites-le éliminer. »

Hall vient d’entrer en Espagne lorsqu’elle est brutalement arrêtée dans une gare pour avoir pénétré illégalement dans le pays. Elle est emprisonnée pendant six semaines avant qu’une détenue en informe les autorités américaines à Barcelone, qui obtiennent sa libération.

Immédiatement elle rejoint le service d’espionnage américain, le Bureau des services stratégiques (OSS). En mai 1944, elle part en France. Cette fois, elle s’appelle Marcelle Montagne et elle est ouvrière agricole dans un village rural en Haute Loire.

Pour éviter toute suspicion, Hall colore ses cheveux en gris, dissimule sa boiterie et refait ses plombages pour correspondre à ceux utilisés en dentisterie française. Sa mission consiste à agir en tant qu’opérateur radio et à rendre scrupuleusement compte des mouvements de troupes allemandes.

Mais encore plus que cela, Virginia Hall est à l’origine d’une action déterminante contre les Allemands dans la perspective du débarquement. Selon le « Smithsonian Institution » (un établissement dédié au savoir, à son développement et à sa diffusion) : « Dans son rapport final au siège, Hall déclare que son équipe a détruit quatre ponts, fait dérailler de très nombreux trains de marchandises, coupé des lignes de chemin de fer clé à plusieurs endroits et coupé des lignes téléphoniques. On lui attribue également la mort d’environ 150 Allemands et la capture de 500 autres. »

Ce rapport final est publié vers septembre 1944, lorsque le quartier général met fin à l’affectation de Hall alors que les troupes alliées (ayant depuis débarqué en Normandie) commencent à se déplacer dans la région. Ainsi se terminent les journées extraordinaires de Virginia Hall en tant qu’espionne en temps de guerre.

La guerre terminée, le gouvernement français lui décerne la Croix de guerre avec palme. Les Britanniques la nomment  membre de l’Ordre de l’Empire britannique et le général américain William Donovan lui remet la Croix du service distingué.

Le président Truman veut lui remettre personnellement une distinction, lors d’une cérémonie publique, mais elle refuse, estimant que cela révélerait trop de son identité à tous les ennemis qu’elle a encore. Toujours espionne, Virginia Hall continue à travailler pour la CIA en tant qu’analyste jusqu’à sa retraite, à l’âge de 60 ans, en 1966. Elle passera le reste de sa vie dans son État d’origine, le Maryland, avant de mourir en 1982, à l’âge de 76 ans.

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