15 December, 2019
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Un «musée du vagin» ouvre à Londres pour briser les tabous

Ce n’est ni un «alien», ni un «fantôme»

On connait « Les Monologues du vagin », une référence du féminisme contemporain. La pièce, créée par Eve Ensler en 1996, est devenue un succès planétaire. Elle a été traduite dans 46 langues et interprétée dans plus de 130 pays.

Le premier « Musée du vagin » au monde aura-t-il le même succès ? Il vient d’ouvrir ses portes dans le nord-ouest de Londres, à Camden.

Que voit-on dans cet espace intérieur lumineux ? Un tampon monumental, flanqué de coupelles menstruelles géantes. Des illustrations d’organes génitaux féminins affichées sur les murs. Des sous-vêtements dans un étui de verre.

C’est une femme, Florence Schechter, qui en est à l’origine : « J’ai découvert qu’il y avait un musée du pénis en Islande, mais qu’il n’y avait pas d’équivalent vaginal ailleurs, alors j’ai décidé d’en créer un.  » Sur une affiche de l’exposition on peut lire : « Un peu moins de 50 % de la population mondiale en a un. Nous sommes tous venus au monde par l’un d’eux. Pourtant, les vagins et le reste de l’anatomie gynécologique restent encore un sujet tabou. »

Tabou ? Une enquête réalisée en mars par « YouGov » le confirme. Plus de la moitié du public britannique interrogé ne sait pas décrire la fonction ou identifier visiblement le vagin (52%), les lèvres (47%) ou l’urètre (58%). Sarah Creed, commissaire de l’exposition, avoue sa surprise à la lecture des résultats. « Les commentaires pour moi étaient stupéfiants… la moitié des personnes interrogées ne savaient pas où se trouvait le vagin, alors que je pensais que c’était une chose connue de tous. Et qu’une femme adulte sur cinq pense qu’elle doive retirer un tampon pour uriner, ça m’a époustouflée. »

Cette première exposition, qui se tiendra jusqu’à la fin du mois de février, s’intitule « Muff Busters : Mythes vaginaux et comment les combattre ». Il examine les idées fausses qui entourent l’anatomie féminine. La propreté, l’apparence, les règles, le sexe ou encore la contraception.

Exemple, les poils pubiens, supposés ne pas être hygiéniques. Idée fausse, explique Creed. « C’est en fait plus hygiénique d’en avoir. »

Sur les odeurs : « Votre vagin n’est pas un bouquet de fleurs, il ne peut pas sentir la fleur. Ce n’est pas une chose. » Et pour la partie pédagogique : Les gens comparent le vagin aux aisselles et disent :  » Oh, j’ai des aisselles qui sentent mauvais. Je vais mettre du déodorant dessus. Pas d’aérosols, s’il vous plaît, sur cette partie du corps. La microflore bactérienne est très délicate. Et il ne peut pas y avoir un produit pour tous les vagins parce qu’ils sont tous différents. »

Sarah Creed poursuit en parlant des pertes vaginales. « Votre vagin est acide pendant les années de reproduction, c’est la raison pour laquelle vous pouvez avoir des sous-vêtements blanchis. Elle ajoute en montrant l’étui de verre : « Ce sont mes sous-vêtements dans cette boîte. C’est dire à quel point je plaide en faveur de ce projet « , dit-elle.

En plus de l’exposition – qui peut également être visionnée en ligne – des événements et des performances, une comédie et un club de lecture sur la littérature féministe. L’espace comprend également des dépliants et des informations sur la santé du vagin et une boutique qui vend de tout, des cartes postales vulve aux tasses de musée du vagin etc…

Creed précise : « Nous cherchons comment nous pouvons faire participer tout le monde. Je veux que les hommes hétérosexuels viennent ici et sentent que c’est un espace où ils peuvent venir et apprendre.

« En cette ère post-Weinstein, il y a plus de peur que d’information. Les gens ont des femmes, des filles, des amies – des personnes ayant une anatomie gynécologique – et afin d’interagir efficacement avec leurs proches, ils devraient en savoir plus sur eux. »

Le musée existe grâce à une campagne de collecte de fonds, qui a permis de réunir la coquette somme de 50.000 £, l’équivalent de 60.000 euros. Plus de 1.000 personnes ont financé le projet. Un vrai succès et le signe d’une attente manifeste.

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