21 January, 2020
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Tuées, violentées… et oubliées, les femmes âgées restent invisibles

Sous-estimées, excusées par la sénilité ou la maladie, invisibilisées, les violences au sein du couple touchent de nombreuses séniores.

On parle souvent de violences conjugales sans s’attarder sur l’âge des victimes. En effet, les personnes âgées de plus de 75 ans sont également touchées par les violences domestiques, mais ne sont pas prises en compte par les statistiques de l’Etat. Il est l’heure de regarder les seniors.

Impossible de connaître le nombre exact de femmes victimes de violences par leur partenaire, en France. Selon le gouvernement, elles seraient une centaine a avoir été tuées depuis le début de l’année 2019, tandis que les associations féministes déplorent un constat bien plus alarmant… Dans tout cela, le sort de certaines femmes reste invisible : celui des personnes âgées.
Parce que vieilles et seules, ces dames maltraitées sont souvent délaissées. Le 2 septembre dernier, une femme de 92 ans est morte sous les coups de canne et de poings de son mari, 94 ans, dans le Tarn. Le 8 septembre, c’est un homme de 82 ans qui aurait tué son épouse de 76 ans à l’aide d’un merlin, une sorte de petite hache. Ces deux individus d’un âge avancé ont été directement internés en hôpital psychiatrique.

Les personnes âgées, grandes oubliées de la société

Selon le recensement du collectif Féminicides par conjoint ou ex, on dénombre près de 16 meurtres de femmes âges depuis début 2019. Un chiffre absent des recherches et sondages de l’INSEE ou de l’Observatoire des violences faites aux femmes puisque, d’après Franceinfo, leurs études ne concernent que les 18-75 ans.« 

L’une des spécificités des femmes âgées victimes, c’est qu’elles sont absentes des réseaux d’aide associatifs, contraintes à l’isolement par le conjoint », explique Lyse Montminy, professeure titulaire à l’Ecole de Travail social de Montréal à Franceinfo. Ces femmes se retrouvent en tête à tête avec leurs conjoints de qui elles sont souvent dépendantes, vivent en pleine campagne et n’ont personne à qui parler : ce sont des proies faciles car des femmes recluses. 

Un mutisme sur les violences subies causé par la peur du jugement    

La peur du regard de l’autre, surtout de leurs propres enfants, peut bloquer certaines victimes dans leurs confidences à leur famille.
Et pour cause, selon Annie Guilberteau, directrice générale de la Fédération Nationales des Centres Nationaux d’Information sur les Droits des Femmes et des Familles, nous n’avons pas conscience que ce problème peut également concerner nos aînés. « La société a un regard erroné sur la vie de couple à partir d’un certain âge. On ne pense le couple que comme reproducteur. Les personnes âgées ne sont plus considérées comme un couple, mais comme une famille. » C’est d’ailleurs à cause de cette vision biaisée du « vieux couple » que la Justice excuse plus aisément des violences et meurtres au sein d’un foyer de personnes âgées. « Comme l’excuse de l’alcoolisme pour les conjoints violents plus jeunes, la sénilité est invoquée pour les auteurs de violences conjugales âgésindique Annie Guilberteau à Franceinfo. Édifiant.

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