7 December, 2019
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Travail domestique non rémunéré et droits des femmes

Les secteurs public et privé doivent collaborer pour promouvoir l’égalité des sexes.

La responsabilité du travail non rémunéré dans le monde incombe de manière disproportionnée aux femmes et aux jeunes filles, ce qui leur laisse moins de temps pour l’éducation, les loisirs, la participation à la vie politique, le travail rétribué et d’autres activités économiques. Une grande partie de ce travail est consacrée au bien être des membres de la famille et aux tâches ménagères. Ce travail prend beaucoup de temps dans la plupart des pays, en particulier lorsque l’infrastructure est médiocre et que les services fournis par le service public sont limités ou absents. Ce fardeau est particulièrement lourd en milieu rural et dans les sociétés vieillissantes. Cette charge limite l’engagement des femmes dans les activités de marché et les amène à se concentrer sur des travaux peu gratifiés, informels ou à domicile afin d’équilibrer travail ménager non rémunéré et travail rémunéré.


La représentation disproportionnée des femmes dans les emplois peu rémunérés contribue à créer des écarts de rétribution entre hommes et femmes qui sous-estiment le travail des femmes et gonflent le nombre de travailleurs pauvres. Assurer une nouvelle voie vers le travail décent et s’attaquer au travail ménager non payé sont donc essentiels à l’autonomisation économique des femmes.

Pour résoudre ces problèmes, le Centre international de recherche sur les femmes collabore avec la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) afin d’explorer comment l’investissement dans les services et la réduction du fardeau des travaux ménagers peuvent potentiellement accroître la participation des femmes au marché du travail. Le projet a pour objectif de déterminer si et comment le secteur privé identifie et répond aux besoins en soins et aux responsabilités en tant que facteurs importants limitant son aptitude à embaucher, à conserver et à promouvoir des femmes. Une partie de ce travail consiste à prévoir comment la participation des femmes à la population active est affectée et si les besoins en travaux ménagers sont résolus plus efficacement par les secteurs privé et public.

Nous savons que la contribution des hommes à la population active est supérieure à celle des femmes avec un écart moyen de 21%. L’écart moyen dans les pays du sud et de l’est de la Méditerranée est plus élevé, à 49%.

En nous appuyant sur de récentes études par pays qui examinent l’évolution des taux de participation des femmes sur le marché du travail avec le prix des services de garde, nous pouvons évaluer l’impact de l’investissement dans ce service. En tirant parti de ces études, nous pouvons émettre l’hypothèse que si le prix des services de garde d’enfants était réduit de 50%, l’offre de main-d’œuvre des mères augmenterait de l’ordre de 6 à 10%.

Après avoir interrogé des managers, des travailleurs et des responsables des ressources humaines, on constate que même les petites entreprises subissent des coûts liés à la rotation du personnel et à l’incapacité de fournir les types d’options de prise en charge permettant aux femmes de rester sur le marché du travail après avoir eu des enfants.

La BERD exerce ses activités dans de nombreux pays où les investissements publics dans les soins ne sont pas suffisants. Le secteur privé peut aider à combler certaines de ces lacunes en fournissant des services de soins aux employés ou en subventionnant l’accès à ces services. Cela peut compléter et renforcer les programmes existants du secteur public. La fourniture de services de garde d’enfants peut inclure une combinaison de solutions allant de la garde sur place aux subventions. La proportion dans laquelle ce coût est partagé entre les secteurs privé et public est une question de choix pour chaque pays.

Mais tant que la résolution des besoins en soins incombe à chaque ménage, le coût pour les entreprises ne sera pas anodin et les entreprises ont un intérêt considérable dans la résolution de ces déficits. Plus généralement, cette recherche met en évidence les effets de l’absence de soins et de politiques favorables aux familles dans le travail en entreprise, dans la communauté et l’économie.

Au niveau des entreprises, il est évident que de nombreuses sociétés ont besoin de conseils sur la manière de suivre l’ensemble des coûts liés au fait de ne pas répondre à ces besoins et sur la meilleure manière d’adapter davantage une politiques d’équilibre travail-vie personnelle. Un grand nombre d’entreprises a beaucoup de mal à calculer les coûts sur leur chiffre d’affaires. Ils ont été encore plus mis au défi lorsqu’ils ont été interrogés sur le suivi des mesures de productivité individuelle et collective. Au niveau communautaire, davantage de recherches devraient porter sur les coûts et les avantages d’un meilleur accès aux soins et d’un meilleur fonctionnement des marchés du travail. Et au niveau macro, nous devrions calculer les avantages d’investir dans les aides en termes d’emplois et d’espace budgétaire créés.

C’est uniquement en rendant plus visibles les coûts et les avantages économiques de la prestation des aides que nous pourrons changer le dialogue autour de l’investissement dans les soins et de la redistribution des rôles et des responsabilités entre le marché, l’État et le ménage dans le but de soutenir un accès universel à des soins de qualité.

Démontrer que l’incapacité à résoudre les déficits en soins de santé affecte également le secteur privé peut également être fondamental pour garantir la conception de solutions plus globales comprenant une taxation et des subventions pour compléter la fourniture publique de soins.

Et vous, combien n’avez-vous pas gagné cette année ?

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