30 March, 2020
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Tonie Marshall, des « Sous-doués » au féminisme

Une femme libre, insolente et féministe

Seule femme à avoir décroché le César du meilleur réalisateur, pour « Vénus beauté (Institut) » en 2000, la cinéaste franco-américaine Tonie Marshall est décédée ce jeudi matin à 68 ans, des suites d’une longue maladie.

Alors que la grande famille du cinéma est sortie plus divisée que jamais de la 45e cérémonie des César, marquée par deux prix remis à Roman Polanski pour son film J’accuse, malgré la polémique, on a appris la mort, ce jeudi matin, de Tonie Marshall, seule femme à avoir décroché le César « du meilleur réalisateur » (et ceux du meilleur film et du meilleur scénario par la même occasion). C’était il y a tout juste 20 ans pour Venus beauté (Institut). Emmenée par Nathalie Baye en esthéticienne dans un salon de beauté, cette comédie de moeurs au féminin révélait par ailleurs au grand public la future Amélie Poulain, une certaine Audrey Tautou, récompensée du César du meilleur espoir pour son rôle dans un film qui a marqué un tournant pour le cinéma français au féminin.

Avec près d’1,5 million d’entrées en 1999, Vénus Beauté constitue sans conteste le plus grand succès de la scénariste et réalisatrice franco-américaine, décédée à 68 ans « des suites d’une longue maladie », comme l’a révélé son agent Elisabeth Tanner à l’AFP. Un succès sur lequel Tonie Marshall capitalisera en 2005 avec une série dérivée diffusée sur Arte, Vénus et Apollon, avec Brigitte Roüan et Maria de Medeiros.

Une enfant de la balle

Née à Neuilly en 1951, Tonie Marshall est tombée dans le cinéma dès le berceau. Elle était en effet la fille de l’actrice Micheline Presle et de l’acteur et réalisateur américain William Marshall. Elle racontait même qu’enfant, la fenêtre de sa chambre donnait sur la cabine de projection du Studio des Ursulines, salle d’art et d’essai parisienne bien connue.

Comme sa mère, la jeune fille au physique anguleux se tourne d’abord vers la comédie. Faisant ses débuts au cinéma en 1972 dans L’Événement le plus important depuis que l’homme a marché sur la Lune de Jacques Demy, Marshall intègre alors la troupe du Théâtre populaire de Reims, dirigé par un certain Robert Hossein. Mais, cantonnée aux seconds rôles dans des séries ou des téléfilms (même si on la remarque en prof d’histoire dans Les Sous-doués de Claude Zidi en 1980 ou dans les émissions humoristiques de Jean-Michel Ribes Merci Bernard et Palace), l’actrice s’ennuie. Et, dès 1990, elle passe derrière la caméra, avec Pentimento, qui permet à Antoine de Caunes de faire ses débuts au cinéma.

Scénariste et réalisatrice

En 1994 et 1996, Marshall enchaîne avec deux films mettant en scène Anémone: Pas très catholique (avec Denis Podalydès) et Enfants de salaud (avec Jean Yanne). Mais elle devra attendre Vénus Beauté pour voir enfin reconnu ses talents de réalisatrice mais aussi de scénariste, elle qui a écrit le scénario de chacun de ses films. Le succès du film et ses trois César lui permettent de réunir ensuite à l’écran un beau duo en 2002: Catherine Deneuve et William Hurt, dans Au plus près du paradis, un charmant hommage aux grandes comédies romantiques hollywoodiennes, à commencer par Elle et Lui de Leo McCarey, avec Deborah Kerr et Cary Grant.

Mais la magie s’efface et la cinéaste ne parviendra plus à retrouver le même ton et la même vivacité des dialogues. Que ce soit dans France boutique en 2003 ou dans le raté Tu veux ou tu veux pas en 2014. Et ce malgré, comme toujours, de beaux castings: Karin Viard et François Cluzet d’un côté, Sophie Marceau et Patrick Bruel de l’autre.

Féministe sur le tard

Son dernier combat aura été celui contre les violences faites aux femmes, mouvement qu’elle rejoint en 2018, en proposant notamment de porter, durant la cérémonie des Césars, un ruban blanc en guise de solidarité. Et ce dans la foulée de Numéro une, sorti un an plus tôt et qui mettait en scène Emmanuelle Devos en patronne du Cac 40 devant faire face au sexisme de Richard Berry. Dans son dernier film, la cinéaste changeait en effet radicalement de style, délaissant la comédie pour un thriller financier bien ficelé, mais se découvrait aussi, passée la soixantaine, féministe.

« Avant, même si j’ai toujours été près des femmes, je ne me disais pas féministe. Mais je me rends compte aujourd’hui que je suis d’une génération où tout semblait avoir été fait avant nous par les féministes. Les choses étaient acquises et tout allait progresser de façon exponentielle. On se rend compte au contraire que ce n’est pas le cas, que, 50 ans après, l’égalité des salaires n’est toujours pas de mise et que cela paraît normal, que la société ne s’interroge pas… Il n’y a pas une révolte du mari qui s’indigne que sa femme ne soit pas payée autant que lui… Et puis il y a la régression identitaire, religieuse, morale. On en vient même à se poser des questions sur l’avortement. »

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