12 November, 2019
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Suzy… !? Oui, Suzy, Suzy Solidor est la femme la plus peinte du monde !

Suzy Solidor, la Kim Kardashian des années folles!

Suzy Solidor est connue comme « la femme la plus peinte du monde » : plus de 200 artistes l’ont immortalisée, parmi lesquels (excusez du peu) Tamara de Lempicka, Van Dongen, Raoul Dufy, Jean Cocteau, Marie Laurencin, Francis Bacon, Man Ray ou Francis Picabia. Star du cabaret français, elle fut une artiste majeure du courant dominant dans les années 1930. Aujourd’hui, pourtant, la chanteuse a sombré dans l’oubli.

Elle serait sans doute furieuse de ce passage à l’obscurité. Suzy Solidor était une femme en avance sur son temps – elle alliait une personnalité artistique risquée à un sens aigu des affaires et possédait une conscience frappante du pouvoir de promouvoir sa propre image. Elle fut probablement la première femme à posséder un cabaret à Paris, La Vie Parisienne.

On pourrait considérer Suzy Solidor comme une sorte de Kim Kardashian des années folles, avec des portraits picturaux en lieu et place des selfies. Suzy Solidor était hyper consciente de sa propre image et ne craignait pas de transformer sa vie sexuelle et son corps en marchandise.

Suzy Solidor nait à St Malo en 1900 de père inconnu. Sa mère est alors domestique de Robert Henri Surcouf, avocat, député et armateur, descendant du célèbre corsaire. Suzy affirmera qu’il est son père biologique et exploitera cette fameuse ascendance.

Nostalgie des origines : des années plus tard, elle chantera de somptueux chants de mer et ses portraits la représenteront souvent dans des décors nautiques : à la proue d’un bateau, telle une sirène ou en capitaine flibustier.

A 17 ans, elle passe son permis – exceptionnel à l’époque – et quitte la maison familiale. Audacieuse, elle se porte volontaire comme ambulancière au cours de la Première Guerre mondiale. Elle partira sur le front de l’Oise, puis de l’Aisne.

Fin de la guerre. Elle s’installe à Paris où elle est devient la coqueluche de la célèbre antiquaire Yvonne de Bremond d’Ars. Les deux femmes vivront ensemble pendant 11 ans. Sa boutique voisine celle de Jeanne Lanvin et elle devient bientôt mannequin pour les maillots de bain couture. Yvonne lui fournit des leçons d’élocution et de musique. Elle m’a sculptée, dira-t-elle. Suzy devient une image/icône. L’égérie des photographes de mode, l’icône des peintres. Premiers portraits. Elle dit d’elle-même : Je suis plus à peindre qu’à blâmer.

En 1931, la marionnette décide de couper les ficelles : elle abandonne sa compagne mais conserve son carnet d’adresses.

Elle commence à chanter en 1929 et fait ses débuts à Deauville. Son répertoire se compose essentiellement d’œuvres sensuelles et équivoques et de chansons de marins. On la surnomme L’Amiral. Sa voix est grave, masculine. Une voix qui part du sexe, dira Jean Cocteau. Elle chante des morceaux habituellement interprétés par des hommes. Une coupe de garçonne, une allure androgyne. De l’assurance, du culot. Une gueule. Une grande gueule.

Suly Solidor ouvre sa propre boîte de nuit en 1932, La Vie parisienne, rue Sainte-Anne. Lieu de rencontres homosexuelles fréquenté par le tout-Paris. Repaire d’aristos et d’hommes d’affaires, d’artistes et de demi-mondaines lesbiennes. Pendant l’occupation, le club reste ouvert – et très populaire auprès des Allemands. Elle chante Lili Marleen et travaille selon son propre code moral : les principes solidoriens. Durant cette période, si vous vouliez continuer à travailler, vous deviez faire approuver votre permis par les occupants nazis et signer un document attestant de votre appartenance à la race aryenne. Suzy Solidor l’a fait.

A la Libération, elle est traduite devant la commission d’épuration des milieux artistiques. L’histoire est sans doute plus complexe. Certains documents suggèrent qu’elle a aidé des Juifs à s’échapper et leur a procuré des papiers. Peut-être était-elle un agent double : d’après certaines recherches, elle transmettait des informations à la Résistance, soutirées aux Allemands lorsqu’ils étaient saouls dans son club.

Elle quitte la France pour les Etats-Unis, emportant avec elle ses tableaux préférés. Elle connaît le succès à New York puis rentre en France. A Paris tout d’abord, où elle ouvre le cabaret Chez Suzy Solidor, puis sur la Côte d’Azur, dans le Haut de Cagnes, où elle ouvre Chez Suzy décoré de 224 de ses portraits.

Mais la jeunesse s’est enfuie. Sa réinvention en tant qu’Amiral, en costume, ne cache plus son désespoir et les verres de whisky débordent.

Suzy Solidor, décédée en 1983, a toujours été une femme aux multiples visages. Quarante de ses peintures préférées sont toujours exposées dans un musée du Haut de Cagnes et, en regardant des images de sa carrière, elle a toujours été une femme qui change d’apparence, insaisissable comme une sirène. L’innocence juvénile et le glamour amazonien, l’acharnement du pirate et le sex-appeal d’une sirène. L’Amiral à la retraite n’était peut-être pas son visage préféré face au monde, mais c’était seulement un portrait parmi des centaines pour la femme la plus peinte du monde.

Continuez, cliquez, écoutez, découvrez cet étonnant et trouble destin!

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