3 July, 2020
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Sexualité féminine et religion

Un duo d’enfer… ?

La sexualité est un terme vaste et complexe, difficile à définir succinctement et inextricablement lié aux contextes sociaux, culturels, politiques et religieux qui l’entourent. Traditionnellement, la sexualité féminine a été définie de façon étroite et réductrice, soit en termes biologiques seulement, soit en réponse à la domination masculine.

Les religions ont toujours cherché à établir un « système », une « structure » ou un « cadre », qui sous-tend le fondement existentiel sur lequel les êtres humains vivent leur vie. Il est évident que, tout au long de l’histoire, les intérêts patriarcaux ont dominé cette quête et ont continuellement tenté de réprimer la femme ou de la subordonner au contrôle masculin. Par conséquent, l’expression naturelle et libre de la sexualité féminine a été réduite au silence.  

La liberté sexuelle des femmes a été en grande partie éliminée avec l’arrivée de sociétés alphabétisées et l’établissement de cadres religieux formels, bien qu’une curieuse minorité ethnique du sud-ouest de la Chine, les Na, offre aux femmes, depuis près de deux millénaires, la liberté sexuelle sans mariage, institution qui domine toutes les grandes religions mondiales comme une forme de contrôle sur la vie sexuelle des femmes.

Dans la tradition hindoue, qui s’est développée dans la civilisation de la vallée de l’Indus vers 2500 avant Jésus-Christ, et qui prospère encore aujourd’hui, les femmes sont vouées à se marier et son seul rôle consiste à servir les membres masculins de sa famille. Elle doit être soumise à son père dans son enfance, à son mari dans sa jeunesse et à ses fils lorsque son mari disparait ; elle ne doit jamais être indépendante. « Les femmes ne doivent avoir aucune sexualité indépendante en dehors du mariage ». Comme la religion hindoue cherche avant tout le renoncement, « le sexe, en tant que pivot qui relie les dimensions physique et sociale de l’existence est considéré comme le principal obstacle au salut.

Si la création du patriarcat est historique – et non, comme le prétendent certains fondamentalistes religieux, universelle -, c’est parce que  » la femme est subordonnée à l’homme car elle a été ainsi créée par Dieu  » (Genèse 2). Ainsi est-elle perçue par dans les grandes religions sémitiques que sont le judaïsme, le christianisme et l’Islam. Le judaïsme et le christianisme, de par leurs conceptions, sont très préoccupés par le concept de péché. La nécessité de contrôler la sexualité des femmes est au cœur de la doctrine. «  C’est par la femme que le péché a commencé et c’est à cause d’elle que tous nous mourrons » (Selon les évangiles).

Le christianisme tel que nous le connaissons englobe un large éventail d’opinions et de formes. La tradition s’est formée autour de la figure de Jésus. Le Nouveau Testament constitue la base des enseignements du christianisme. Il a été rédigé par les disciples de Jésus qui ont tout abandonné, y compris leur famille, pour le suivre. Contrairement au judaïsme, qui est fortement enraciné dans la vie familiale et les rituels, le christianisme, aux origines, accordait plus de liberté aux femmes  dans la sphère domestique et en matière de procréation que le judaïsme. Mais les chrétiens sont très attachés à la notion de virginité. Comme les hindouistes, ils considèrent que l’âme aspire à être séparée du corps, qui l’éloigne de son véritable foyer spirituel. Les femmes sont associées au corps, jugé inférieur, les hommes à l’esprit, jugé supérieur.

Au IVe siècle de notre ère, un théologien influent du nom d’Augustin, qui a avancé de nombreuses théories sur la nature du mal et du péché, a développé cette conception de la femme comme « corps » et l’a reliée à la tentation et au péché, rendant leur position « sexuellement dangereuse pour les hommes ». Les femmes étaient donc exhortées à renoncer complètement à leur sexualité.

Le récit biblique d’Adam et Ève (chapitre 3 de la Genèse) est éloquent. C’est à cause d’Ève, qui a incité Adam à goûter au fruit défendu, qu’ils sont chassés du paradis perdu. Ève est responsable d’avoir introduit le péché dans le monde, péché qui deviendra partie intégrante de la constitution humaine et infusera dans chaque chrétien dès lors qu’il aura des relations sexuelles. Le péché et le sexe deviennent inextricablement liés dans ce type de théologie chrétienne.

Selon Marina Warner, dans son étude de l’histoire et de la mythologie de la figure de Marie, « il est presque impossible de sous-estimer l’effet que cette association du sexe, du péché et de la mort a eu sur notre civilisation ».

Les deux figures féminines centrales de la Bible, qui portent tout le poids de ces projections, sont Ève et Marie. Marie, la Vierge. Ève, la Tentatrice. A travers l’enseignement des Evangiles, Ève a eu un impact profond sur les restrictions qui ont été imposées aux femmes dans la tradition chrétienne. « Je ne permets à aucune femme d’enseigner ou d’avoir autorité sur un homme ; elle doit se taire. Car Adam a été formé le premier, puis Ève ; et Adam n’a pas été trompé, mais la femme a été trompée et est devenue une « transgresseuse ». Mais elle sera sauvée par la procréation, à condition qu’ils continuent dans la foi, l’amour et la sainteté, avec modestie ».

Dans notre contexte contemporain, les conséquences de grandir au sein de traditions religieuses qui visent à contrôler et à supprimer le plaisir féminin continuent de se faire sentir. La sexualité des femmes est inextricablement liée non seulement à la biologie, mais à tous les aspects de la vie culturelle, sociale et religieuse. « La culpabilité, la honte, la peur et la paralysie sexuelle continuent d’être l’héritage écrasant des enseignements religieux sur la sexualité des femmes. L’absence de joie sexuelle dans la vie de tant de femmes est en partie une conséquence de la façon dont le « bon sexe » a été construit dans les traditions morales chrétiennes » selon  Marina Warner.

Il est clair que la sexualité des femmes a été profondément influencée par les grandes religions monothéistes et par les sociétés patriarcales. La sexualité féminine a toujours été une force puissante qui est fondamentale pour toute création. Une force jugée dangereuse, un contrôle guidé souvent par la peur.

C’est le travail de notre temps de découvrir, éradiquer et guérir ces mécanismes de contrôle de la sexualité féminine tant sur le plan psychologique que sur le plan universel.

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