30 March, 2020
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Quand donner la vie cause la mort

Obésité, grossesses tardives, fermetures de maternités, obstacles financiers, discriminations

Chaque année aux États-Unis, entre 700 et 900 femmes meurent en couches ou de complications médicales après leur accouchement – une augmentation de près de 27 % depuis l’an 2000. Pourtant, le taux de mortalité maternelle est en baisse constante dans le reste des pays développés. Une situation que de plus en plus d’Américaines dénoncent.

Avant de donner naissance à son fils, Marie McCausland, chercheuse scientifique, était loin d’imaginer qu’accoucher pourrait la tuer. Pourtant, quatre jours seulement après son accouchement, l’Américaine alors âgée de 27 ans a frôlé la mort. « J’étais tellement enflée que je ne reconnaissais même pas mon visage. J’avais des douleurs à la poitrine et je me sentais très mal », raconte la jeune femme.

Inquiète, elle se rend d’urgence à l’Hôpital universitaire de Cleveland, en Ohio, où une infirmière lui découvre une tension artérielle anormalement élevée. « L’urgentiste voulait me renvoyer chez moi avec des médicaments contre la tension! » s’exclame-t-elle.

Une semaine auparavant, la jeune mère était tombée sur un article concernant la pré-éclampsie, une pathologie de la grossesse qui se manifeste par l’élévation de la pression artérielle et qui peut être mortelle. Convaincue d’en être atteinte, elle avait refusé de quitter l’hôpital, contre l’avis du médecin.

Dix heures plus tard, Marie était finalement transférée, dans un état critique, au service d’obstétrique de l’hôpital, où un obstétricien lui diagnostiquait… une pré-éclampsie.

Un système de santé inéquitable

Avec 26,4 décès pour 100 000 naissances, les États-Unis ont le deuxième plus haut taux de mortalité maternelle des 31 pays membres de l’OCDE, derrière le Mexique. C’est trois fois plus que le Canada et six fois plus que les pays scandinaves. Le plus souvent, les femmes succombent à une hémorragie, à un problème cardiaque, à une infection ou à une pré-éclampsie. Pourtant, ce sont les États-Unis qui déboursent le plus pour leur système de santé. En 2012, ils auraient dépensé 60 milliards de dollars pour les soins de maternité, selon l’Organisation mondiale de la santé.

« On estime que pour chaque mère qui décède, entre 75 et 100 autres femmes frôlent la mort en raison de complications lors de leur accouchement », affirme le Dr Michael Lu, gynécologue et ancien directeur du Maternal and Child Health Bureau pour le ministère américain de la Santé et des Services sociaux.

Obésité, grossesses tardives, fermetures de cliniques et de maternités, obstacles financiers, discrimination : les causes de ce phénomène sont nombreuses, selon le Centre de contrôle et de prévention des maladies des États-Unis (CDC). Si ces statistiques accablantes incluent les femmes de toutes les ethnies et classes sociales, les mères issues de minorités ethniques et de milieux défavorisés sont encore plus touchées. Pour les Afro-Américaines, les risques de succomber à des complications liées à la grossesse seraient quatre fois plus élevés que pour les Blanches.

Pour Claudia Booker, une sage-femme pratiquant à Washington, le manque d’accès aux soins de santé et la piètre qualité du suivi des grossesses et de la période post-partum sont les principales causes de l’augmentation des décès maternels aux États-Unis. « Les soins de santé ne sont ni accessibles ni abordables. Les femmes qui ont une assurance privée ont la chance de choisir un médecin près de chez elles, tandis que celles qui n’en ont pas doivent souvent faire de très longs trajets, en transport en commun parfois, pour aller à leurs rendez-vous médicaux. Elles commencent leur suivi trop tard et ne peuvent pas toujours se rendre à leurs rendez-vous. Les visites obstétriques, elles, durent entre cinq et neuf minutes seulement. Les patientes n’ont pas le temps de discuter de leur suivi avec le médecin. Elles sont donc complètement déresponsabilisées et ne connaissent pas leurs droits », explique-t-elle.

Marie McCausland soutient que la majorité des femmes ne reçoivent pas le suivi médical nécessaire à la suite de leur accouchement. « Si je n’avais pas été hospitalisée pour une pré-éclampsie, mon premier suivi médical après mon accouchement n’aurait eu lieu, comme pour la plupart des femmes, que six semaines après avoir accouché, c’est-à-dire à la fin de la période durant laquelle une femme risque de développer des complications. C’est comme si aux États-Unis, tout ce qui importe, c’est qu’après six semaines une femme retourne au travail et puisse avoir des relations sexuelles », déplore-t-elle.

Des médecins mal préparés

Aujourd’hui mère d’une fillette de 5 ans, Shawn Thierry a failli succomber à une crise cardiaque durant son accouchement. Depuis, cette avocate et membre de la Chambre des représentants du Texas fait de la mortalité maternelle une priorité, en introduisant un projet de loi pour permettre à un groupe de travail de déterminer les causes de ce problème au Texas. L’État affiche le plus haut taux de mortalité maternelle du pays, avec 35,8 décès pour 100 000 naissances, selon une étude du journal Obstetrics & Gynecology.

« Peu de temps après avoir reçu l’épidurale, j’ai ressenti une vive douleur, je ne pouvais plus respirer, se souvient-elle. J’ai averti le médecin, qui m’a répondu que c’était impossible que je ressente de la douleur. Ce n’est que lorsque j’ai crié que j’allais mourir et l’ai supplié de m’endormir qu’il m’a prise au sérieux. »

« J’ai été victime d’une erreur médicale et personne n’était prêt à y faire face. Si je n’avais pas osé dire ce qui n’allait pas, on m’aurait sûrement ignorée en pensant que j’étais hystérique », ajoute-t-elle.

Ne pas désespérer des jeunes médecins mais les aider à améliorer leur savoir être, et à rassurer les patientes sur le fait que tous les médecins ne sont pas de sombres patriciens.

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