16 December, 2019
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Pourquoi les femmes mariées devraient-elles changer de nom ?

Laissons les hommes changer les leurs !

Aujourd’hui c’est la règle. Aux Etats-Unis ? Plus de 90 % des femmes changent de nom lorsqu’elles se marient.

Pourquoi, en 2019, se marier signifie-t-il encore souvent de renoncer au marqueur le plus fondamental de son identité ?

Les raisons invoquées par les femmes pour changer de nom après s’être mariées n’ont pas toujours beaucoup de sens.

D’un côté, cela peut se comprendre : c’est l’usage, depuis bien longtemps. Et il y a les idées reçues, le jugement social d’une culture sexiste. 10% des Américains jugent qu’une femme qui conserve l’usage de son nom n’est pas dévouée à son mariage. Et 50% pensent que ce devrait être une obligation légale.

Mais ce n’est pas ce qu’on entend généralement.

Ce serait plutôt : « Nous voulons que notre famille partage un nom ». Et si l’unité familiale est si importante, pourquoi les hommes n’adoptent-ils pas le nom de leur femme ? Ou pourquoi ne pas joindre les deux noms ?

Ou : « Son nom de famille est plus beau ». Certes, mais, à l’inverse, on pourrait penser que les hommes ayant un nom de famille « malheureux » pourraient souhaiter adopter celui de leur femme, ce qui n’est pas le cas (la question ne se pose même pas.)

Ou encore : « Mon nom de famille était juste celui de mon père de toute façon ». Si le nom de famille est celui du père, alors personne, y compris le père, n’a un nom de famille qui lui est propre. Logique.

Les identités comptent, et les mots que nous mettons sur les choses font partie de la façon dont nous les rendons réelles. Notre nom est notre identité. Ce qui nous situe dans le monde. L’affirmation culturelle selon laquelle les femmes doivent changer de nom lorsqu’elles se marient ne peut être sans conséquence. Notre cerveau donne du sens en nommant et en catégorisant. Lorsque les femmes considèrent leurs noms comme temporaires ou pas vraiment les leurs, et qu’elles se plient à une forme d’injonction sociale, elles oublient qui elles sont, ce qui les constitue. Cela influe sur la perception qu’elles ont d’elles mêmes, sur la position qu’elles occupent dans leur couple et dans le monde. Leur identité est en quelque sorte absorbée. Les femmes sont définies par leur rôle en tant qu’épouse, mère, fille ou sœur.

A l’ère d’internet, changer de nom signifie aussi parfois disparition, pour les plus âgées. Tout le travail effectué sous un nom de jeune-fille disparaît des écrans radars. Si quelqu’un essaie de vous googliser, un ancien client, un ancien collègue de travail, un ancien camarade de classe, il peut se casser les dents. Pas de traces. Et donc parfois des occasions perdues sur les plans personnel et professionnel.

Changer de nom lors d’un changement de sexe a du sens. Mais en dehors de ce contexte bien précis, le mariage a longtemps signifié qu’une femme renonçait à son identité et, avec elle, à ses droits fondamentaux.

En France, la loi de 1965 a ouvert la porte à l’émancipation féminine. Jusqu’alors, les femmes ne pouvaient pas travailler sans l’accord de leur mari. Encore moins ouvrir un compte en banque. Depuis 1970, la notion juridique de « chef de famille » n’existe plus. Il faudra attendre 1990 pour que la jurisprudence sanctionne le viol conjugal.

L’idée qu’une femme conserve une identité distincte de celle de son mari, et qu’un mari n’ait pas un pouvoir pratiquement illimité sur une femme qu’il épouse, est très nouvelle.

Mais il reste du chemin à parcourir.

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