12 November, 2019
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PMA : peut-on se passer d’un père ?

L’évolution du schéma familial.

L’évolution de la science engendre bien souvent l’ébranlement des mœurs, des comportements et des croyances enracinées depuis la nuit des temps dans nos sociétés.

Les mentalités peinent à suivre les profondes remises en question d’un progrès qui parfois bouleverse les fondements mêmes des principes de la religion ainsi que l’intégrité de la structure même de l’humanité.

Ainsi la PMA génère sans surprise une révolution de considérations millénaires, un renversement de préjugés ancestraux, une légitime inquiétude lorsqu’il s’agit de restructurations majeures.

Ces dernières années nous avons pu constater l’acceptation plus ou moins controversée de l’évolution du schéma familial avec l’autorisation du mariage aux couples homosexuels ainsi que l’accès à l’adoption.

Jadis, il était concrètement établi que la conception d’un enfant nécessitait l’intervention d’éléments féminins et masculins, de préférence liés, et engageant respectivement leurs responsabilités pour assumer ensuite l’éducation du fruit de leur amour.

Cette définition n’a jamais été suivie à la lettre, on en conviendra aisément, devant le nombre conséquent d’enfant candidats à l’adoption.

Nous avons ensuite adhéré à la possibilité d’avorter, au droit d’interrompre une grossesse non désirée et ceci décongestionnant par là-même les effectifs des orphelinats.

Depuis nous avons trouvé la possibilité de procréer sans la présence physique des deux géniteurs et accepté que des enfants soient élevés par des familles monoparentales. L’absence est ainsi entrée comme paramètre acceptable, ou du moins ordinaire, tout en préservant la réalité du concept père/mère. Une heureuse avancée médicale pour certains couples se heurtant à des problèmes de fertilité et une délivrance dans le quotidien des parents divorcés que d’être enfin considérés comme des familles « normales. »

Aujourd’hui on s’approche de l’occultation totale des notions de genres, de gènes et même d’amour en dépréciant le passage de la reproduction en une transition médicale obligée et contraignante.

L’insémination, dénuée d’affect et purement organique, devient un transfert assisté et biologique de cellules, comparé à l’époque où l’on parlait d’union des corps et des cœurs.

Sans remettre en cause les motivations ni les aptitudes des acteurs de cette pratique, on se demande jusqu’où va nous mener cette perte de sens dans l’acte de procréer qui de nos jours se limite à un seul résultat : la naissance d’un enfant.

Une naissance autour de laquelle il va falloir improviser une éducation à travers un équilibre unisexe avec l’absence de féminin ou de masculin et menant sur un duo parental mère/mère ou père/père ou monoparental tout court.

Penchons-nous plus particulièrement ici sur une procréation sans père ou du moins sur celle limitée aux seuls spermatozoïdes stockés puis utilisés sous « X ».

En admettant que le secret de l’identité soit levé ou ultérieurement accessible, il n’en reste pas moins que l’investissement du donneur s’arrête à la seule transmission de l’hérédité génétique. On touche ici du doigt un concept d’homme-objet, à l’image de la mère porteuse dans certains cas, loin de la représentation originelle de l’enfantement et de ses égards.

Une naissance donc dès le départ amputée de l’affect et de l’influence de l’un des éléments essentiels à sa conception, à savoir le masculin et les critères spécifiques qui s’y réfèrent.

Caractère, fonctionnement du cerveau, influences hormonales, autant de particularités propres au père qui lui permettent d’apporter un point de vue différent concernant l’éducation d’un enfant et ainsi instaurer un certain équilibre dans son développement.

Le féminin apporte son particularisme mais trop d’une même chose induit le déséquilibre ou l’insignifiance de l’uniformité.

La parthénogenèse certes existe dans la nature mais l’homme n’est pas concerné par cette particularité puisque notre espèce est constituée de deux sexes bien distincts et complémentaires dans leurs différences.

En se penchant sur les motivations (hors raisons médicales) derrière ce choix, certains d’entre eux laissent apparaitre une démarche volontairement orientée vers un acte de principe. Le féminisme par exemple y voit le moyen d’éradiquer l’homme de l’un des évènements les plus essentiels à la pérennité de notre espèce et ainsi assoir une supériorité certaine à défaut d’obtenir l’égalité des sexes.

Une incohérente illusion jusqu’à ce que la science arrive peut-être un jour à suppléer le spermatozoïde mais dans ce cas l’ovule risque de subir le même sort et l’humain deviendra inutile à sa propre reproduction.

Une perte de contrôle inquiétante dont il semble que nous expérimentions les prémices.

Aline Peugeot

L’auteure : fille adoptive du petit-fils du célèbre constructeur automobile Henri Peugeot, Aline Peugeot est loin d’avoir eu l’enfance dorée à laquelle on pourrait s’attendre en vivant dans une grande famille de la  bourgeoisie. Après des décennies d’errance et de douloureuses expériences, elle rencontre enfin sa voie. Elle a été l’auteure d’une précédente Tribune.

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