7 December, 2019
HomeTribuneOù sont les femmes architectes ?

Où sont les femmes architectes ?

La profession d’architecte se féminise mais pas les prix ou récompenses ni les organes de pouvoir.

Si l’on trouve plus de 58 % des femmes dans les écoles d’architecture, elles ne représentent plus que 32 % des personnes inscrites à l’ordre des architectes et plus que 9 % à la tête de leur propre agence.

Pour les rémunérations elles touchent 25 % de moins en tant que salariées et les libéraux, les hommes, gagnent 48 % de plus que les femmes (source enquête de l’ordre des architectes).

Quant aux types de chantier qu’elles réalisent, on va parler de crèches, d’écoles maternelles ou primaires, des logements, des équipements paramédicaux mais les grands musées, les grands projets sont le souvent dévolus aux hommes. Car le plafond de verre est là, sur la tête des femmes.

Le Grand Prix National de l’Architecture, 36 prix / 36 hommes depuis 1975 : 100 % des gagnants !

« Grand prix national de l’architecture, substantif masculin »

Surprise ! Le Grand Prix « Masculin » National de l’Architecture a été attribué en 2018 à un homme pour la 36ème édition ! 36 prix attribués à 36 hommes et 2 femmes en couple avec un homme. Depuis 1975 la politique est la même. Seuls les hommes sont consacrés. Les femmes représentent 2.9 % des primées.

Il semblerait que la profession n’ait pas de femme architecte.

La parité c’est pour quand ?  Et pourtant il y avait une femme dans la liste des Nominés : Corinne Vezzoni, lauréate du prix Femme architecte 2015. On lui a dit qu’elle était trop jeune – réponse d’un membre du jury, et trop femme – réponse d’une membre du jury (elle s’est présentée en tant que femme, normal, non ?) alors ils n’avaient qu’à trouver une femme plus âgée !

Quel est le profil idéal pour être grand prix : 70 ans et de sexe masculin… Les femmes sont exclues de cette confrérie des hommes puissants et des lauréats du « Grand Prix des hommes Architectes » depuis 1975, seules deux femmes y ont eu droit grâce à la présence de l’associé masculin. Sinon pas de femme.

Bravo au jury ! Monsieur le nouveau Ministre, Franck Reister, j’espère que vous allez faire quelque chose pour la parité dans votre Ministère. On compte sur vous pour le prochain grand prix. Merci.

Les femmes architectes absentes des 100 premières agences de France!

Le 16 janvier 2019, les résultats des plus grosses agences de France sont dévoilés lors du classement annuel des 400 premières agences d’architecture classées par chiffre d’affaires par la revue D’A.

A cette occasion, Emmanuel Caille s’est exprimé en soulignant qu’aucune femme n’exerce seule et en son nom propre dans les 100 premières agences. Ce clin d’œil au dernier numéro « Genre : architecture », pointe un peu plus du doigt les inégalités qui persistent dans la profession.

Extrait de « Chercher la femme » rédigé par Agathe Viguier en janvier 2019.

Participation au pavillon français de La Biennale d’architecture à VENISE : quid des femmes architectes ?

Nous y étions, avec les lauréates du prix femme architecte, au pavillon français pour écouter parler de Marseille et de ses friches ; mais sur la tribune, il y avait 3 hommes architectes, Jean Nouvel,  Christian Poitevin (fils de l’adjoint au maire de la ville de Marseille chargé de la Culture) et Patrick Bouchain car visiblement aucune femme n’était en compétence pour parler de Marseille.

Je pose une question, Messieurs vous êtes très bien ; (le discours consensuel et bien rodé entre hommes qui s’auto congratulent et se répartissent la commande), mais voilà, j’ai une question, pourquoi n’y a-t-il aucune femme à la tribune ? Il n’y aurait aucune compétence féminine sur ce thème (quoique je connaisse personnellement deux femmes architectes qui œuvrent à Marseille) et le journaliste dont je tairais le nom me dit sans sourciller  «  Madame, les femmes, ce n’est pas un sujet »  et ceci devant un parterre de 100 jeunes étudiantes et étudiants de Marseille venues pour l’occasion apprendre qu’elles n’étaient pas un sujet ?

Biennale d’architecture et de paysage de Versailles en 2019 et les femmes architectes lauréates du prix Femme architecte de l’ARVHA.

Depuis sept ans j’organise le Prix Français des Femmes Architectes et 35 lauréates ont reçu le prix. Toutes ces femmes ont été filmées par l’Arvha et sont présentes sur le site de www.femmes-archi.org ainsi que sur la page Facebook de l’Arvha ; et nous disposons d’une exposition que nous avons apportée à Venise pour la Biennale d’architecture. Lors du Comité ministériel pour l’égalité, je rencontre en mars 2018 le Directeur de l’Ecole d’architecture et de paysage de Versailles qui me dit : « Madame, je prendrais volontiers votre exposition à l’Ecole d’architecture de Versailles en septembre octobre 2018. » Nous nous rencontrons pour en définir les modalités, je prépare et en informe les architectes lauréates du prix et nous organisons un projet de conférences. Il est convenu de faire cette exposition en octobre et novembre ; mi-septembre, je reçois un mail de la responsable de la communication pour me dire que l’exposition est ajournée car ils doivent préparer la Biennale d’architecture et de paysage prévue en Mai 2020.

Qu’à cela ne tienne ! J’en informe les femmes architectes sur le réseau Women in Architecture dont je suis la présidente, et nous décidons de proposer notre exposition pour la Biennale d’architecture.

Je reçois le soutien d’une personne importante de la Région Ile de France qui m’informe qu’ils ont obtenu un budget de 800 000 Euros et 120 000 Euros de rallonge, soit un total de 920 000 Euros.

Au regard des moyens déployés pour cette Biennale, je relance le Directeur de l’Ecole et des responsables du Ministère de la culture et à la Région Ile de France pour faire en sorte que les femmes architectes lauréates du Prix femme architecture aient une place, légitime, à la Biennale.

Après quatre mois de négociations et de pourparlers, j’obtiens un mail de la personne en charge de la Biennale qui me propose d’animer un atelier dans un amphithéâtre. Je suggère d’en animer 3 ce qui me permet de faire 6 conférences avec 14 femmes architectes. Je demande un budget de 11 000 euros soit 1.1% et on me propose 800 euros au regard des 920 000 euros obtenu de la Région Ile de France pour cette Biennale. D’une certaine manière je trouve cela humiliant d’être considérée comme la dernière roue du carrosse.

Les femmes sont un sujet mais n’ont pas de budget pour communiquer.

Ayant quand même en tête de répondre à la nécessité de présenter des femmes à la Biennale, ils bouclent vite fait bien fait un programme en prenant dans ma liste de femmes architectes les plus connues pour faire des conférences. Je cite Odile Decq, Manuelle Gautrand et Corinne Vezzoni qui se décommandent aussitôt de mon programme pour retourner dans le IN !

Peu importe, j’ai toujours 14 conférencières architectes qui souhaitent intervenir mais pour un seul atelier cela va être juste.

Les femmes architectes lauréates du Prix femmes architectes auront-elles une place  à la première biennale de la Région ile de France ?

Aurons-nous une communication équivalente à cette des autres conférences conduites par les organisateurs ?

Vous le saurez en venant le 1er juin, le 8 juin et le 21 juin à la Biennale architecture et paysage de Versailles. Rendez-vous sur le site www.femmes-archi.org ou sur le site www.women-in-architecture.fr

Catherine GUYOT

Architecte et directrice de l’ARVHA

Présidente de Women in Architecture.fr

Share

Rejoignez la Lettre des Femmes !