7 December, 2019
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« Mentrification » ou comment les hommes s’approprient les ordinateurs ou les Beatles

L’invisibilation des femmes dans l’histoire

Au cours de l’histoire, les femmes ont été effacées des moments culturels qu’elles ont contribué à façonner. Et maintenant nous avons un nouveau mot pour cela.

Ce mois-ci, un utilisateur de Twitter déplore le manque de reconnaissance accordé aux femmes, pourtant à l’origine de la popularité initiale de Star Trek. Il voulait savoir à quel moment la série a cessé d’être perçue comme une science-fiction légère, duveteuse, destinées aux « femmes au foyer ».

Une réponse a induit une même question, mais concernant les Beatles. « Quand le groupe a-t-il commencé à être considéré comme une légende du rock, plutôt qu’un groupe de garçons ahuris, galvanisés par des adolescentes en furie ? » Un autre utilisateur répond : « quand les hommes ont décidé de les aimer »…

Ainsi a été inventé ce nouveau terme : « Mentrification ». Un nouveau mot qui décrit quelque chose de largement perçu et connu de manière innée mais qui n’a pas encore été expliqué.

Si la « gentrification » décrit le processus d’embourgeoisement par lequel « des personnes plus aisées s’approprient un espace initialement occupé par des habitants ou usagers moins favorisés », la mentrification reprend l’histoire de la participation et des réalisations des femmes, en « décorant son récit avec des phallus ».

Nous avons tous constaté, observé des formes de mentrification. Ce terme peut être associé aux romans, aux ordinateurs et à la longue liste des produits culturels dont l’association originale avec les femmes est redessinée par et pour un public d’hommes.

Une fois que vous savez que ce sont des femmes qui sont aux origines de l’informatique, vous ne pouvez plus ignorer que des « bites géantes » se sont incrustées dans l’histoire.

Des efforts ont été faits pour rendre à César ce qui appartient à César.

La « Journée internationale Ada Lovelace » (née Ada Byron le 10 décembre 1815), qui se tient chaque deuxième mardi d’octobre, commémore la mémoire de cette brillante mathématicienne, pionnière de l’informatique, qui fut la première programmatrice du XIXe siècle.

Elle ne fut pas la seule à marquer l’histoire de l’informatique.

Grace Hopper fut la conceptrice du premier compilateur en 1951 et du langage COBOL en 1959.  Affectée dans la marine pendant la Seconde Guerre mondiale, c’est elle qui rédigera le premier manuel d’utilisation de l’ordinateur.

Jean Jennings Bartik (responsable du développement de la mémoire et du stockage informatiques) et Frances Elizabeth « Betty » Holberton (pionnière de la première application logicielle) appartenaient au groupe de femmes qui ont programmé le premier ordinateur.

Il a fallu des décennies pour identifier les contributions précises de ces femmes ; leurs noms n’étaient même pas enregistrés sur les photos des machines qu’elles manipulaient, car « en tant que femmes, on supposait que leur travail ne devait pas être très difficile ».

La « mentrification » est simple et amusante, mais c’est aussi un raccourci pour un processus qui ne concerne pas autant les hommes que les femmes, mais plutôt une culture traditionnelle qui est toujours – toujours – le genre masculin, et dont le comportement par défaut est de tout masculiniser. Star Trek s’adresse aux hommes, les Beatles sont des légendes du rock, les ordinateurs sont des jouets de garçons.

Les mythes se sont construits en dépit de la réalité, et nous en comprenons aujourd’hui les injustices.

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