7 December, 2019
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Les meurtrières d’Hitler : le rôle des femmes dans le Troisième Reich

L’implication des Allemandes dans la mise en œuvre de la solution finale révélée.

Lorsqu’elles s’engagent, les Allemandes de 18 à 25 ans de cette « génération perdue » ne savent pas qu’elles vont devenir un rouage de la machine exterminatrice. Elles pensent servir leur pays. Pourtant, une fois embrigadées, certaines vont redoubler de zèle pour prouver qu’elles peuvent être les égales des hommes. 


Des dizaines de milliers de femmes officiers SS, secrétaires, épouses d’officiers, femmes ordinaires, se sont volontairement ralliées à la machine nazie, participant activement à l’extermination des Juifs. Le mythe selon lequel seuls les hommes ont perpétré les horreurs du Troisième Reich s’ébranle.

Erna Petri, femme au foyer et épouse d’un officier supérieur SS, rentre chez elle après avoir fait ses courses et voit six enfants apeurés, presque nus, blottis au bord d’une route de campagne. Elle avait entendu dire que des Juifs s’étaient échappés d’un train sur le chemin des camps de la mort et elle réalise qu’elle vient de découvrir quelques-uns d’entre eux. Elle rassemble les enfants effrayés, âgés de 6 à 12 ans, les emmène chez elle, les rassure et les nourrit. Puis elle les conduit dans les bois, les aligne et tire sur chacun. Une balle dans la nuque.

Ces meurtrières qui ont pris une part active à la tentative d’anéantissement des Juifs sont au centre d’un livre, « Les Furies de Hitler », écrit par la professeure Wendy Lower, chercheuse sur l’Holocauste. Elle examine des récits de dizaines de milliers de personnes, de femmes qui ont pris part aux crimes du Troisième Reich pendant les années du régime nazi en Allemagne et en Europe pendant la Seconde Guerre mondiale.

Certaines des conclusions de l’étude de Wendy Lower ont été publiées dans le New York Times, et elles contredisent l’hypothèse courante selon laquelle les atrocités ont été commises uniquement par des hommes. Elle souligne que l’implication d’Allemandes dans la tentative d’extermination des Juifs était bien plus importante qu’on ne se l’accorde. Non seulement en tant que témoins passifs mais également en tant qu’acteurs directs.

Selon l’ouvrage, une grande partie des meurtres de masse ont été commis par des femmes occupant des postes administratifs. Elle mentionne Lisolotte Meirer, qui a travaillé en étroite collaboration avec son commandant, officier SS et qui, avec lui, a participé à des exécutions et à des chasses sportives de Juifs dans la neige…

La première phase de l’extermination des Juifs, appelée « l’Holocauste des balles », s’est principalement déroulée dans les pays occidentaux et en en Union soviétique. Lisolotte Meirer jouera un rôle central dans la coordination des activités des escadrons de la mort, décidant parfois de qui survivra ou de qui devra mourir. Selon le livre, elle a épargné la vie d’un seul Juif : son coiffeur. Autre exemple, cette femme qui épargnera la vie d’une Juive parce qu’elle n’avait pas terminé de lui tricoter un vêtement…


Le livre souligne que même les femmes qui faisaient fonction de secrétaires dans les SS avaient un rôle important à jouer : elles apportaient leur soutien aux soldats des unités de la mort ou répondaient à leurs besoins sexuels quand ils revenaient ivres. Durant les exécutions, elles leur préparaient des tables avec des rafraîchissements.


Le livre se concentre principalement sur les femmes qui ont pris part aux meurtres de Juifs. Beaucoup de leurs histoires ressemblent à celle d’Erna Petri, qui a assassiné ces six enfants trouvés sur le bord de la route. C’étaient des femmes d’officiers SS qui accompagnaient leurs maris dans toute l’Europe occupée, vivaient près des camps et utilisaient les prisonniers comme esclaves.

L’une d’elles était Lisel Willhaus, épouse d’un commandant d’un camp en Pologne, qui s’asseyait sur le porche de leur maison et tirait avec son fusil sur des prisonniers juifs. Egalement Vera Wohlauf, femme d’un commandant de bataillon de police en Pologne qui a contribué à l’été 1942 à une rafle et au transfert de 11 000 juifs à Treblinka. Et même si elle était enceinte à ce moment-là, elle était au centre de la place, tenant un fouet et frappant les personnes effondrées ou qui tentaient de résister à leur déportation.

Devenues actrices de crimes, complices ou témoins, les Allemandes réagissaient de la façon suivante : « Leur détermination se renforçait, leur sens moral s’embrouillait ou se dégradait. Mais aucune ne pouvait plaider l’ignorance quant aux conséquences de leur travail », souligne l’auteure des « Furies de Hitler ».

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