27 February, 2020
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Les mères sont-elles à la fête ?

Qu’attend-on de nous ? Qu’attend-on des mères ? Qu’attend-on des femmes en les réduisant à leur fonction maternelle ?

Edeka a voulu offrir un joli cadeau aux mamans ! La chaîne de supermarchés allemande a diffusé, pour la fête des Mères, une publicité qui se termine sur les paroles d’une petite fille lovée contre sa mère : “Merci maman de ne pas être papa”. Car ce spot enchaîne les scènes avec des pères maladroits, voire pathétiques, dans les tâches quotidiennes et les jeux avec leurs enfants. Les Allemands n’ont pas dit merci à Edeka. Ils ont laissé des milliers de messages négatifs et répondu par le hashtag #edekaboykott sur Twitter. Avec cette image sexiste de la famille, les mères, pas plus que les pères, sont à la fête !

Ce film, et la fête des Mères en général, ne fait que souligner cette question lancinante qui traverse chaque femme. Qu’attend-on de nous ? Qu’attend-on des mères ? Qu’attend-on des femmes en les réduisant à leur fonction maternelle ?

C’est parce que ces questions me paraissent vertigineuses dans la vie des femmes, que j’ai eu envie d’écrire sur ce thème. Sans prétention sociologique ou d’analyse, mais à travers un roman, « Hurler sans bruit ». Il s’est nourri de mes rencontres en tant que journaliste, de mon intérêt pour les questions de maternité et d’identité féminine. Il est marqué aussi par mon histoire de femme, confrontée aux difficultés à avoir des enfants, puis confrontée aux difficultés d’être mère. Cet itinéraire, tant personnel que professionnel, m’a amené à écouter et partager avec beaucoup de femmes sur ce sujet à la fois si intime et si universel. Avoir envie d’un enfant (ou pas), être une mère parfaite (ou pas)… Nous portons toutes le poids de ces injonctions. Nous sommes toutes aux prises avec notre « destinée » biologique, la pression sociale sur notre ventre et la mission morale sur nos épaules d’élever les enfants.

La conception de la maternité a évolué tout au long de l’histoire. De même, d’ailleurs, que les rapports mère enfant. Rappelons qu’avant d’être renvoyées dans les foyers pour s’occuper de leurs enfants, les femmes mettaient, à certaines époques, leurs enfants « en nourrice ».

Qu’est-ce qu’être mère aujourd’hui ? Ce rôle s’inscrit dans différentes formes de parentalité (familles monoparentales, recomposées, homoparentalité…). La figure maternelle est devenue multiple. La mère n’est plus seulement celle qui engendre, elle peut être biologique, mais aussi adoptive, porteuse… Cependant, en gagnant la liberté de choisir d’avoir un enfant, les femmes se soumettent à une exigence plus forte. Cette liberté impose encore plus de responsabilité et de pression.

« Les mères doivent faire face à de multiples obstacles, dont le premier tient sans doute à l’image idéalisée héritée de la tradition d’une mère aimante et disponible, veillant avec dévouement sur le développement et l’éducation de ses enfants dont il est difficile de se défaire », souligne dans son ouvrage Patricia Ménissier (« Être mère, XVIIe-XXIe siècle », CNRS édition, 2016). Un modèle de mère parfaite que dénonçait, en 2010, Elisabeth Badinter dans son essai « Le conflit, la femme et la mère » (Flammarion). « La barque de la maternité est aujourd’hui chargée de trop d’attentes, de contraintes, d’obligations. Il y a péril tant pour la femme et le couple que pour le lien social. »

Cela dans un contexte de plus en plus tendu. Avec la crise économique, dont on sait que les femmes sont toujours les premières victimes. Avec la difficulté à concilier plusieurs vies, à trouver un équilibre entre carrière, famille, épanouissement personnel… Avec une inégalité toujours présente dans le partage des tâches domestiques générant cette fameuse charge mentale qui impacte bien plus que la vie familiale puisque, selon l’ONU, 30 % des inégalités salariales sont la conséquence des inégalités au sein du foyer. Concilier son rôle de mère et ses désirs de femmes, assumer l’ambivalence de l’amour maternel, trouver un équilibre se heurte souvent à un discours de culpabilisation des mères. « Aussitôt qu’on devient mère, on est coupable », résumait à propos de son livre Elisabeth Badinter. Alors que dans la publicité aux belles images en noir et blanc d’Edeka, les maladresses des pères se veulent émouvantes et rattrapées par les mères…

Valérie Van Oost

Après un parcours de journaliste en presse écrite et digitale, notamment à la rédaction en chef de ELLE.fr, Valérie Van Oost est aujourd’hui consultante éditoriale. Elle est particulièrement sensible à la place des femmes dans la société. Son premier roman, « Hurler sans bruit » (éd. Librinova), questionne à travers l’histoire d’amitié et le portrait de trois femmes le rapport de chacune à la maternité.

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