7 December, 2019
HomeOn InformeCulture« Les femmes ont les mêmes droits naturels que les hommes, de sorte qu’il est extrêmement injuste que nous n’ayons pas les mêmes droits dans la société. »

« Les femmes ont les mêmes droits naturels que les hommes, de sorte qu’il est extrêmement injuste que nous n’ayons pas les mêmes droits dans la société. »

« Françaises, je vous le répète encore, élevons-nous à la hauteur de nos destinées, brisons nos fers. »

Née Anne-Josèphe Terwagne le 13 août 1762, Théroigne de Méricourt est une révolutionnaire, une féministe avant l’heure, une figure très controversée au parcours triste et flamboyant, encensée par les uns, haïe par les autres. La presse ne lui fera pas toujours de cadeaux, la qualifiant de « prostituée de patriotes » ou de « chef de guerre féminine ».

Théroigne nait à Marcourt, en Belgique. Elle perd sa mère lorsqu’elle a cinq ans. Elle passe la majeure partie de sa jeunesse en conflit avec sa famille, devient vachère et servante dans une maison bourgeoise. Jusqu’à ce qu’elle soit embauchée comme dame de compagnie par une femme du monde, madame Colbert, seule figure féminine qui lui témoignera de l’affection et fera son éducation.

Elle se met à voyager et multiplie les aventures. Elle est séduite par un officier de l’armée anglaise qui n’a aucune intention de l’épouser mais lui donne une fille, très vite emportée par la variole. En Italie, elle connaît de multiples liaisons et contracte la syphilis. Un vieux marquis se ruine pour elle. A Naples, un castrat italien lui fait miroiter une carrière de cantatrice.

Le 6 octobre, Versailles est envahi par la foule et la famille royale s’installe aux Tuileries. L’Assemblée constituante se déplace à Paris et Anne-Josèphe en fait autant. Elle y tient un salon où se retrouvent Sieyès, Camille Desmoulins ou encore Saint-Just.

Elle devient la cible des contre-révolutionnaires. Un journaliste royaliste et satirique la surnomme Théroigne de Méricourt et la décrit comme « la catin du peuple ». L’auteur d’un livre érotique, « Catéchisme libertin », ajoute la mention : par Mademoiselle Théroigne. Sa réputation est faite.

En janvier 1790, elle crée la « Société des amis de la loi ». Objectif : rendre compte, au peuple, des travaux de l’assemblée.

Suite aux journées du 5 et 6 octobre, accusée d’y avoir participé, elle est poursuivie par la justice et fuit Paris. Elle est alors enlevée par un groupe d’émigrés et enfermée dans la forteresse autrichienne de Kuffstein. En janvier 1792, elle est libérée et rentre à Paris.

Elle devient très populaire.

Les jacobins la reçoivent les bras ouverts. Elle se lance dans un combat ouvertement féministe. En mars 1792, elle appelle les citoyennes à s’organiser en corps armé : « Brisons nos fers, il est temps enfin que les femmes sortent de leur honteuse nullité où l’ignorance, l’orgueil et l’injustice des hommes les tiennent asservies depuis si longtemps.» Elle veut l’égalité.

Plus pacifiste et modérée ensuite, pour éviter la guerre civile et prévenir les conflits, elle propose en 1793 d’instituer dans chaque section une magistrature de six citoyennes.

Le 15 mai 1793, à l’Assemblée nationale, elle est attaquée par des jacobines qui l’accusent de soutenir Brissot, le chef de file des Girondins. Elles la déshabillent et la frappent si violemment qu’elle aurait pu mourir si elle n’avait pas été sauvée par Marat, le sanguinaire jacobin.

Après son passage à tabac, Théroigne ne fera plus d’apparitions publiques et ne sera plus jamais la même. Désormais elle souffre de troubles mentaux et de comportements erratiques. Le 20 septembre 1794, elle est diagnostiquée folle et internée. Elle restera à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris où elle  survivra vingt ans, lucide par intermittence mais parlant constamment de la Révolution.Pour Jules Michelet et les frères Goncourt, l’humiliation de cette agression serait à l’origine de sa folie. Mais peut-être est-ce sa peur d’être guillotinée, comme le seront Olympe de Gouges et madame Roland. Ou simplement la syphilis.

Pour Jules Michelet et les frères Goncourt, l’humiliation de cette agression serait à l’origine de sa folie. Mais peut-être est-ce sa peur d’être guillotinée, comme le seront Olympe de Gouges et madame Roland. Ou simplement la syphilis.

Le 9 juin 1817, elle meurt à l’âge de 54 ans.

Ses charmes qui avaient tant inspiré les révolutionnaires s’étaient fanés depuis longtemps. Elle n’était plus la femme qui déclara une fois : « Citoyennes, pourquoi ne devrions-nous pas entrer en rivalité avec les hommes ? Est-ce qu’ils sont les seuls à prétendre avoir droit à la gloire ? Non, non… Et nous voudrions aussi gagner une couronne civique et faire la cour à l’honneur de mourir pour une liberté qui nous est peut-être plus chère qu’elle ne l’est, car les effets du despotisme pèsent encore plus sur nos têtes que sur les leurs… Ouvrons une liste des Amazones françaises ; et laissez tous ceux qui aiment vraiment leur patrie y écrire leurs noms. »

Un biographe la décrivait plutôt comme une « créature tachetée, livide et sans chair… dont le grand amour n’avait pas été prodigué à un homme ou aux hommes, mais à une idée, la passion de la justice, de la liberté, de la Révolution ».

Les invectives de Théroigne ne sont-elles pas toujours d’actualité ?

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