8 July, 2020
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Les femmes ont 14 fois plus de risques de mourir lors de catastrophes naturelles

Elles restent sans contestation les principales victimes

Selon les données de l’ONU, les femmes ont aujourd’hui 14 fois plus de risques de mourir en cas de catastrophe naturelle. Le chiffre peut surprendre, mais avancer comme source les Nations unies apporte au premier abord un vrai gage de crédibilité. 

Il faut également souligner que si elle reste encore méconnue du grand public, Gabrielle Siry est spécialiste de ces thématiques : enseignante en économie à Paris-Dauphine, elle a entre autres fondé le groupe de réflexion « Dépolluons la finance ».

Une statistique reprise en boucle par l’ONU

Curieuse de comprendre comment une telle inégalité était possible, l’équipe d’À la loupe a contacté la représentation de l’ONU à Bruxelles. En effet, de nombreux rapports de l’organisation internationale reprennent ce chiffre, depuis 2013 au moins

Malgré leurs recherches, les membres des Nations Unis sollicités n’ont pas trouvé la méthodologie permettant d’aboutir à ce constat. Et pour cause, lorsque l’on épluche les différentes publications qui mentionnent cette statistique, on observe que l’ONU n’en est pas à l’origine. Reprise depuis plusieurs années, elle est extraite de travaux réalisés par un(e) certain(e) K. Peterson et datée de 2007.

En remontant jusqu’à cette source, l’on découvre que l’auteur est une certaine Kristina Peterson, actuelle révérende au sein d’une église presbytérienne de Louisiane, aux États-Unis. Femme de foi, elle a travaillé par le passé en tant que chercheuse en sciences sociales pour le compte de l’Université de la Nouvelle-Orléans. Dans sa carrière, elle s’est spécialisée dans la prévention des risques environnementaux, en lien avec les problématiques relatives au genre. On la retrouve ainsi sur la liste des 36 cofondateurs du « réseau genre et catastrophes » (GDN).

« Je répète sans cesse à l’ONU de ne pas utiliser ce chiffre »

Dans la foulée, c’est de Londres que vient la réponse : la professeure britannique Maureen Fordham, experte des questions de genre et de résilience aux catastrophes, nous explique d’emblée qu’il s’agit d’une statistique « très souvent utilisée mais jamais validée ». 

L’enseignante confirme que sa consœur américaine est bien à l’origine de cette statistique, et souligne qu’elle lui en a (elle aussi) déjà demandé l’origine. Problème, l’intéressée « n’a pas réussi à s’en souvenir ». Depuis plusieurs années, l’ONU réutilise donc un chiffre dont les fondements restent flous et pour le moins contestables. Au grand dam de Maureen Fordham, qui « travaille beaucoup avec les Nations Unies » et leur « répète sans cesse de ne pas utiliser cette statistique ». Sans succès : « C’est une allégation si forte qu’ils ne peuvent pas résister ! »

Les femmes restent sans contestation les principales victimes

Si les femmes n’ont pas 14 fois plus de risques de mourir lors de catastrophes naturelles, tous les travaux sur le sujet mettent en avant leur plus grande vulnérabilité lors des événements climatiques extrêmes. « ‘Lorsque la catastrophe survient », indique une représentante de l’ONG Oxfam, les femmes « ont moins accès à l’information, ne trouvent pas les solutions de replis et doivent en plus s’occuper des enfants. »

Lors du tremblement de terre de Kobe (Japon), en 1995, la mortalité féminine a notamment été 50% plus élevée : de nombreuses femmes âgées vivaient en effet seules dans des zones résidentielles défavorisées, durement touchées par les secousses. Plus pauvre, le Bangladesh a lui aussi connu des épisodes météorologiques intenses. En 1991, un cyclone suivi d’inondations a ainsi tué 140 000 personnes. Parmi elles, 90% de femmes et jeunes filles. De son côté, l’Unicef a rapporté qu’en 2010 au Pakistan, des inondations ont touché 70% des femmes et enfants parmi les 18 millions d’habitants affectés. L’éducation peut jouer un rôle déterminant pour réduire les risques encourus par les femmes.

Après le tsunami de décembre 2004, qui a ravagé plusieurs pays d’Asie du Sud-Est, des études ont montré que la mortalité supérieure observée chez les femmes Sri Lankaises pouvait s’expliquer de façon rationnelle : culturellement, nager et grimper aux arbres y est en effet enseigné en priorité aux jeunes garçons !

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