10 December, 2019
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Les femmes et la Grande Guerre

Une redéfinition des rôles.

La guerre est d’abord une épreuve pour les femmes. Nombreuses sont les mères, les épouses, les filles ou les sœurs de soldats mobilisés à attendre des nouvelles de leur proche au front, à s’inquiéter de son silence, qui peut être synonyme de blessure ou de mort. Les lourdes pertes essuyées par l’armée française dans les premiers mois du conflit entraînent à l’arrière de nouveaux besoins dans les services de santé, qui font massivement appel aux femmes. On compte en 1918 plus de 100 000 infirmières, dont 70 000 bénévoles, principalement parmi les femmes de la bonne société. Ces souffrances imposent ainsi la présence de figures féminines sur de nombreux monuments aux morts. Les pertes massives des deux premières années de guerre ont en effet marqué la vie à l’arrière. On dénombre en 1918 ainsi près de 3 millions de veuves et 6 millions d’orphelins en France.

Les femmes de soldats mobilisés assument désormais les fonctions de chef de famille. La loi du 3 juin 1915 leur transfère ainsi la puissance paternelle pour la durée du conflit. Elles doivent également subvenir seules aux besoins du foyer, non sans difficulté. Pourtant, sur 20 millions de Françaises, près de 8 millions travaillent déjà avant 1914. Mais le conflit accentue leur part relative au sein de la population active, qui passe de 38 % en 1911 à 46% à la fin de la guerre.

Dans les campagnes, 850 000 femmes prennent la tête de l’exploitation agricole de leur époux, auxquelles s’ajoutent les 300 000 épouses d’ouvriers agricoles privées du revenu de leur mari. En ville, les emplois laissés vacants par les mobilisés ainsi que le développement des industries de guerre permettent aux femmes d’accéder à de nouveaux secteurs économiques. La part de femmes employées dans la métallurgie passe ainsi de 5% avant 1914 à 25% en 1918. La répétitivité des gestes dans la fabrication des munitions, inspirées du taylorisme, compense leur absence de qualification. De nombreuses entreprises cherchent à faciliter le travail des ouvrières en ouvrant au sein de l’usine des crèches ou des chambres d’allaitement. Cette ouverture de certains secteurs d’activité n’est pas sans conséquence sur ceux traditionnellement dévolus aux femmes et qui se trouvent à leur tour en situation de pénurie.

a place de plus en plus importante des femmes dans les usines s’accompagne d’une vaste remise en question des droits sociaux et syndicaux acquis avant-guerre : allongement de la durée des journées de travail, travail de nuit, augmentation des objectifs, inégalités salariales avec les hommes… Cette dégradation des conditions de travail entraîne des grèves de plus en plus nombreuses et virulentes au fil des années : en France, on passe de 9344 grévistes en 1915 à 650 658 en 1917. Les femmes jouent un rôle important dans ces mouvements sociaux qui perdurent jusqu’à la fin du conflit.

 Plus qu’une entrée des femmes dans le monde du travail, la Grande Guerre a donc marqué une redéfinition des rôles et une ouverture de certains secteurs de l’économie à la main d’œuvre féminine. La présence de femmes dans les usines de guerre ou dans des postes traditionnellement dévolus aux hommes est valorisée durant le conflit, comme une participation directe à l’effort de guerre. « Munitionnettes », pompiers ou aiguilleuses de chemins de fer font l’objet d’articles et de reportages photographiques qui leur confèrent une visibilité publique nouvelle.

Pour autant, les représentations et les discours mettent très majoritairement en scène des femmes cantonnées dans leur rôle traditionnel de mères aimantes, d’épouses fidèles ou d’infirmières compatissantes. On note également une méfiance envers les femmes qui semblent jouir d’une plus grande liberté. Elles sont soupçonnées de dilapider l’argent du foyer, d’entretenir des liaisons adultères et, d’une manière générale, d’avoir une conduite inconvenante.

La sortie de guerre se traduit par un renvoi massif des femmes des secteurs de l’économie auxquels le conflit leur avait donné accès. Au moment de l’armistice, le gouvernement les incite à retourner à leurs activités antérieures. Le ministre Loucheur propose un mois de salaire aux ouvrières des usines d’armement si elles quittent leur travail avant le 5 décembre. Si la participation des femmes à l’effort de guerre soulève la question des droits politiques, les Françaises en restent privées à la fin du conflit, le Sénat ayant rejeté le projet Dussaussoy d’électorat et d’éligibilité municipaux que la Chambre avait voté en mai 1919.

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