9 July, 2020
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Les enfants ne devraient pas altérer pas la carrière des femmes

Aucune chance que l’égalité au travail existe s’il y a une inégalité à la maison.

L’un des mythes modernes les plus pernicieux sur la maternité consiste à penser qu’avoir des enfants nuit à votre carrière. On dit aux femmes qu’elles doivent choisir entre travail et enfants ou qu’elles passeront leurs années de travail les plus productives à « jongler » ou à accomplir un « exercice d’équilibre épuisant ».

Une nouvelle perspective : ce n’est pas vraiment la mère ou les enfants qui font dérailler la carrière et les ambitions personnelles des femmes – ce sont les hommes qui refusent d’effectuer leur juste part.

Si les pères en faisaient autant que les mères à la maison, la carrière des femmes pourrait s’épanouir de manière inédite. Mais pour y arriver, nous devons cesser de considérer les problèmes des mères au travail comme une question d’équilibre, et commencer à parler de la façon dont les hommes fuient leurs responsabilités.

Oui, nous savons que les hommes en font plus que par le passé : les pères déclarent consacrer environ huit heures par semaine à la garde des enfants, soit trois fois plus qu’en en 1965 (n’oublions toutefois pas que les données sont auto déclarées et les hommes peuvent avoir tendance à surestimer leur participation).

Faire plus, ce n’est pas la même chose que faire assez. Malgré les progrès réalisés, les mères consacrent encore près de deux fois plus de temps que les hommes, 14 heures par semaine, à la garde de leurs enfants. Et la parentalité n’est pas un travail tangible et quantifiable : c’est la charge mentale  que représentent les enfants qui est souvent le plus pénible. Par exemple, il est facile de diviser les tâches en préparant un petit-déjeuner ou en habillant un enfant le matin. Mais s’occuper de ses enfants ne s’arrête pas là. C’est aussi anticiper, préparer un déjeuner à emporter à l’école pour une sortie éducative, les emmener chez le dentiste, à leur cours de dessin, leur acheter des vêtements ou une paire de baskets… Combien de pères peuvent vous dire quelle est la pointure des chaussures de leurs enfants ?

Ce genre de travail invisible incombe presque toujours aux femmes et nous parlons rarement de l’impact qu’il a sur notre vie professionnelle. Imaginez si, au lieu de remplir notre esprit de listes de tâches concernant les courses et les rendez-vous chez le dentiste, nous avions suffisamment d’espace libre pour une réflexion créative sur notre travail et nos passions. Pour les mères, ce temps de liberté d’être et de penser est un privilège.

Des études montrent que les pères continuent à disposer de beaucoup plus de temps de loisir que les mères alors que celles-ci consacrent leur temps libre aux corvées et à la garde des enfants. Cela a des incidences sur leurs carrières : nous savons que les personnes qui disposent de plus de temps libre pour se consacrer à des activités créatives ont tendance à obtenir de meilleurs résultats au travail.

Certes, il existe également des « pénalités de maternité » sur les lieux de travail qui n’ont rien à voir avec les hommes (du moins, pas avec ceux qui partagent notre lit.) Les mères ont beaucoup moins de chances d’être embauchées que les non-mères et, lorsqu’elles ont des enfants, leurs salaires stagnent. Des études de 2017 ont amené certains analystes à conclure que les écarts de salaires étaient presque entièrement imputables à la maternité. Les hommes, par contre, ont tendance à gagner plus d’argent une fois qu’ils ont des enfants. La discrimination individuelle et structurelle à l’égard des mères subsiste, ce qui pèse énormément sur les capacités des femmes dans la sphère publique.

Mais les réponses à la discrimination sur le lieu de travail sont simples et, plus important encore, elles sont finalement reconnues comme nécessaires. Le fait que les hommes s’occupent moins des enfants est largement reconnu, personne ne le nie. Mais n’est pas largement condamné.

Changer une couche ou couper des ongles ne procure aucun plaisir. Si les femmes se dévouent (se consacrent) davantage à ces tâches, c’est peut-être parce qu’elles savent que ce ne sont pas leurs maris qui seront regardés de travers si leur enfant va à l’école avec des ongles trop longs ou des chaussures mal ajustées.

Les hommes doivent cesser de penser que si ce sont les femmes qui procurent l’essentiel des soins, c’est parce qu’elles le veulent, parce que cela leur fait plaisir. Non. C’est parce qu’il faut bien prendre soin de ses enfants, parce que nous sommes mal jugées si nous ne le faisons pas et que nous sommes, la plupart du temps, seules pour le faire, faute de partenaire masculin prêt au partage des tâches.

Alors, cessons de dire que c’est la maternité qui freine la carrière des femmes ; ce n’est pas l’institution parentale qui rend difficile l’avancement professionnel. Ce ne sont pas nos enfants. C’est qu’il n’y a aucune chance que l’égalité au travail existe s’il y a une inégalité à la maison.

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