18 November, 2019
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Les corps « parfaits » des femmes au cours de l’histoire

Qu’est-ce que la beauté ?

Le regard sur le corps « parfait » de la femme (et de l’homme) a considérablement évolué au fil des siècles, même si le « fondement de la forme » féminine est resté le même.

La « perfection » est un idéal éphémère, voué au changement et à la transformation – incroyablement différente d’une génération ou d’une époque à l’autre – et lié au contexte historique, économique et social.

L’époque paléolithique

En voilà une qui ne ressemble pas du tout à la femme idéale d’aujourd’hui. La Vénus de Willendorf  – une statue réalisée entre 24 000 et 22 000 ans avant notre ère, première représentation primitive de la femme – est un paradigme de la fertilité. Dotée de gros seins, de larges hanches et d’un ventre rebondi, elle est un peu lourde… vouée sans doute à porter de nombreux enfants. Avec un corps replet pour assurer sa survie.

L’œuvre d’art nous montre qu’il est probable  que cette « voluptueuse et bien nourrie » était l’idéal d’il y a 25 000 ans.

La Grèce ancienne

Hésiode, auteur du VIIIe-VIIe siècle av. J.-C., décrit  la femme idéale non pas comme une Aphrodite nue et sensuelle mais comme une vierge vêtue, couronnée et parée. Les artistes soulignent le regard que l’on porte à l’époque sur l’idéal féminin : les statues antiques nous montrent des femmes aux hanches larges, aux seins généreux et au ventre pas tout à fait plat.

Pythagore définit alors les « canons » de la beauté, chez la femme comme sur un tableau. C’est la fameuse « règle des tiers », valable pour les visages des femmes, avec de surcroit deux côtés parfaitement symétriques.

Le début de la Renaissance

Les artistes de la Renaissance veulent s’éloigner de la modestie et des valeurs religieuses strictes héritées du Moyen Âge. Ainsi, de 1300 à 1500, ils commencent à peindre des seins nus qui symbolisent tout à la fois la fertilité et la sensualité.

Les femmes peintes par Raphaël sont généralement courbes, pâles mais avec des joues légèrement rosées, et des visages doux et ronds. Avec la Renaissance commence une transition – d’objets de fertilité, les femmes deviennent des objets de luxure et de beauté.

L’ère élisabéthaine

La reine Elizabeth est couronnée en 1558 et inaugure l’ère du maquillage.

A l’époque, plus vous êtes pâle, plus votre statut est élevé. Les pauvres travaillent à l’extérieur et bronzent naturellement, il faut donc avoir la peau la plus claire possible pour souligner sa position sociale.

Voulant conserver son image vierge (et cacher plus tard ses cicatrices de variole), Elizabeth peint son visage avec une épaisse couche de poudre blanche à base de plomb et de rouge à lèvres. Les membres de l’aristocratie lui emboîtent le pas. On considère alors que le rouge à lèvres peut « avoir des effets magiques, voire même conjurer la mort ».

Après la révolution française, à la fin du 18ème siècle

Après la Révolution, le peuple veut se démarquer de la royauté, de ses fastes et excès.

Le maquillage devient beaucoup plus simple. Avant la Révolution, les hommes et les femmes portaient le même maquillage. Après la Révolution, on veut se défaire de tout « artifice » et on retrouve un certain naturel.

Les robes des femmes deviennent beaucoup plus confortables et mobiles que par le passé.

L’art de se maquiller et de s’habiller pour la journée devient une sorte de spectacle que les coquettes présentent pour des admirateurs potentiels.

L’époque victorienne

Lorsque la reine Victoria monte sur le trône en 1837, on souligne que « sa beauté est d’une apparence modeste »… Les jupes en forme de cloche, appelées crinolines, deviennent de plus en plus larges, nécessitant de plus en plus de jupons et même des supports renforcés. Le regard pâle, frêle et faible fait fureur. Aucune partie du corps en particulier n’est soulignée – à condition qu’une femme ne semble pas trop forte.

Le maquillage de l’époque est incroyablement dangereux. Le plomb, l’ammoniac, le mercure et les morelles sont des ingrédients courants. Les femmes sont disposées à s’empoisonner pour paraître plus belles.

Le tournant du siècle

En 1895, Charles Dana Gibson, illustrateur du magazine Life, change pour toujours l’avenir de la représentation féminine. Il dessine ce que l’on va appeler les « Gibson Girls« . Des femmes bien dotées, en forme de sablier, avec des lèvres charnues. Il les considère comme « le composite de milliers de filles américaines ». La personnification de l’idéal féminin. Elle est pâle mais pas aussi poudrée que dans les années précédentes. Elle porte un corset serré mais les longueurs des robes raccourcissent. Elle vivra une vingtaine d’années, jusqu’au début de la Première Guerre mondiale. Des femmes du monde entier essaieront de lui ressembler.

Les Gibson Girls ne sont pas vraiment réelles, c’est un standard de beauté inventé par les dessins d’un homme, mais Evelyn Nesbit, considérée comme le premier mannequin du monde, en est le « match » le plus proche.

Les années 1920

Pendant la Première Guerre mondiale, de nombreuses femmes se retrouvent sur le marché du travail. Et après? Elles ne veulent pas sacrifier une indépendance chèrement acquise. En 1920, les femmes américaines obtiennent le droit de vote. Flappers (terme qui signifie « garçonne » et qualifie un courant qui se manifeste durant les Années folles) apporte un changement complet. Puisqu’elles ont goûté au pouvoir des hommes, le corps idéal de la femme devient une figure plus androgyne. Elles veulent être minces, sans courbes, et coupent leurs cheveux. Les ourlets des jupes sont raccourcis, leur permettant de bouger, de danser, de s’amuser. L’ouverture des grands magasins permet également aux femmes de la classe ouvrière d’accéder à cette mode.

Les années 30 et 40

Malheureusement pour les jeunes filles, les années 20 se terminent mal avec la Grande Dépression. Il ne s’agit plus de séduire. La plupart des femmes ont d’autres préoccupations.

En raison du manque de ressources et du rationnement de la Seconde Guerre mondiale, elles doivent faire preuve de créativité. Elles retravaillent les costumes des hommes en vêtements de femmes. Ce qui donne le look de l’épaule rembourrée (qu’on retrouvera dans les années 80), créant une silhouette nette en sablier, avec une taille de guêpe. Personne ne cherche à avoir l’air mince – famélique – mais une silhouette voluptueuse est également irréaliste pour l’époque, compte-tenu des nombreuses privations.

Les années 50 au début des années 60

La dépression et la Seconde Guerre mondiale sont de l’histoire ancienne et nous entrons dans les « Trente glorieuses ». L’allure du sablier reste recherchée et le fait d’avoir un grand buste fortement encouragé.

Bien qu’elles soient certainement plus voluptueuses que les mannequins d’aujourd’hui, les stars de cinéma sont encore très minces mais avec des seins majestueux. Ainsi, même à une époque moderne où la femme idéale est un peu plus grande, elle reste toujours plus mince que la plupart des vraies femmes.

La fin des années 60 aux années 90

Dans les années 60, la culture commence à changer. On ne veut plus se contenter d’une maison et d’une voiture ou de rester à  la maison comme femme au foyer. Les jeunes se rebellent contre les carcans des années 50 et Twiggy devient le mannequin le plus célèbre de son époque. On entre dans le règne de la minceur.

Les années 70 voient une plus grande liberté pour les femmes, et la maigreur reste un idéal, avec de petits seins, comme Jane Birkin. Maquillage et mode sont orientés vers un look plus naturel. Les cheveux sont portés naturels et très longs.

Lorsque les années 80 arrivent, l’ère des « top models » commence. Les femmes sont censées être bronzées, grandes, minces, légèrement athlétiques. Les hanches restent étroites mais les gros seins reviennent à la mode.

Au moment où il semble que le corps idéal ne puisse plus maigrir, les années 90 ont commencent. Ainsi Kate Moss devient-elle le « mannequin le plus mince de tous les temps ».

Qu’est-ce que la perfection ?

Heureusement, nous entrons dans une ère où les médias commencent à célébrer la diversité des races et de tous les types de corps, même s’il reste encore beaucoup de chemin à parcourir.

Ce qu’il faut retenir, c’est que la plupart des normes historiques en matière de beauté reposent souvent sur des fantasmes masculins.

Et aujourd’hui Photoshop n’arrange rien, donnant aux mannequins une perfection artificielle.

Même si les marques ont bien compris qu’elles devaient représenter toutes les femmes, les plantureuses comme les autres. On le voit dans certaines publicités ou sites marchands.

Si votre corps n’est pas considéré comme « parfait » aujourd’hui, on s’en fout !

Pour conclure, reprenons cette citation de Jean Cocteau : « Ce qu’on te reproche, cultive-le, c’est toi ».

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