10 December, 2019
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Le syndrome du nid vide : « Au secours ! Mes enfants quittent la maison »

Redécouvrir son statut de femme après celui, éprouvé, de mère .

« Mais qu’est-ce que je vais faire maintenant ? A quoi je sers, moi ? » Tel est le cri de détresse de nombre de parents, principalement des mères, au départ des enfants pour leur propre chez eux.

Vacuité de l’existence et grand vide à remplir… avec qui ? Avec quoi ?

Le couple s’est perdu dans les responsabilités et les obligations parentales. L’individualité a été reléguée si loin qu’on ne se souvient plus de la personne que nous étions avant d’enfanter. Et c’est l’angoisse qui survient devant l’interrogation de donner un nouveau sens à sa vie.

Toute à son rôle de mère « suffisamment bonne », comme aimait à le rappeler Winnicott, la perspective de ne plus materner au jour le jour devient une sinécure. Pourtant, qui ne s’est pas plaint des chaussettes à ramasser, de la chambre toujours en désordre, du déjeuner jamais débarrassé ? Ce qui était épuisant autrefois devient un souhait insatiable que tout recommence. On se rend compte qu’ils ont grandi trop vite, que nous aurions dû plus en profiter et qu’ils sont déjà loin.

Nous avons oublié qu’avoir un enfant n’était pas une possession mais un don, un don de soi pour offrir la chance, à un petit être, de pousser, d’apprendre et d’être heureux un jour sans vivre au domicile de ses parents. On a trop souvent négligé aussi de nous préserver de cet envol programmé en maintenant la soirée copines du vendredi soir, le cours de piscine du mardi ; en n’omettant pas finalement de vivre aussi… pour soi et pas que pour eux.

Sans la présence de l’enfant, c’est à nouveau deux personnes sous le même toit si le binôme a tenu sur la durée. Mais qui est la personne à côté de moi ? Qu’est-elle devenue ? Le conjoint a évolué vers une sorte de colocataire rassurant et habituel mais bien éloigné du compagnon avec lequel on partageait seul à seul les plaisirs de la vie.

Il convient de recréer des sujets de discussions personnels, autre que le prochain rendez-vous chez le médecin ou le règlement de la facture des frais de scolarité.

Redéfinir un couple conjugal devient la priorité maintenant que le couple parental n’a plus autant de raison d’être. Échanger sur les centres d’intérêts communs, le sens des choses, les projets… Sommes-nous toujours complices ? Complémentaires ? Avons-nous encore des moments à partager ?

Bon nombre de parents passent alors par une période nébuleuse où la confrontation à l’autre sans le filtre de l’enfant peut se révéler violente. Eloignés d’un fonctionnement occupationnel, les différences de point de vue sont alors mises en exergues et parfois difficilement supportables.  Quand le couple s’est délité de manière pernicieuse au long des années d’éducation, il lui faut alors faire de gros efforts pour accepter la distance et les antinomies qui se sont créées et y remédier… sous peine d’une séparation qui renforcera le malaise.

Derrière le départ de son enfant se cache bien sûr la peur de la solitude mais aussi la crainte de ne plus être aimée de manière identique. L’enfant est devenu indépendant, sans les mêmes nécessités. Il faut redessiner les contours d’un autre rôle parental, à distance, dans des interrelations qui deviennent celles d’adulte à adulte.

Et c’est là que le bât blesse : s’il peut s’occuper de lui tout seul, qui va avoir besoin de moi ? A quoi employer ce temps soudain si conséquent sans les demandes incessantes de transport chez la meilleure copine et les petits plats à concocter pour lui faire plaisir ? Et ce silence… lourd, pesant alors qu’il devrait être salvateur et apaisant.  La question surgit brusquement : « Est-ce que je vais rester vraiment sa « maman », celle qu’il appellera quand il aura envie de parler, quand il aura un peu le cafard, quand il aura besoin de conseils ? Acceptera-t-il qu’on partage un repas, un midi, avant qu’il ne retourne au travail ? Moi, qui ai lui ai tant donné, va-t-il m’oublier ? »

Et son corolaire : Qui va s’occuper de moi ? Le regard du miroir est souvent douloureux. Les années ont passées et les traces sont visibles. Quid de la séduction ? Du statut de femme après celui, éprouvé, de mère. Vais-je réussir à aimer celle que je suis maintenant, à m’habituer à cette ride du lion maintenant irrévocable ? Nouvelles façons de faire là aussi. Prendre le temps d’apprivoiser sa silhouette, de la mettre en valeur. Reprendre une activité sportive régulière, apprécier la montée des endorphines qui contribuera à l’harmonie de l’âme.

C’est un long processus qui commence. Celui de se « re-trouver », de se souvenir de qui nous sommes sans éducation à donner et inquiétude journalière. Faire le point sur les priorités, les envies, les désirs oubliés depuis (trop) longtemps pour re-faire connaissance avec soi-même. Profiter du temps, non comme un moment à combler coûte que coûte mais comme une opportunité, un véritable bien-être après la satisfaction d’avoir rempli ce qu’on attendait de nous et ce que nous avons choisi : élever un enfant. Un enfant qui nous aimera même à distance parce qu’une mère, il n’en existe qu’une.

Mesdames, si votre petit(e) a quitté le nid, rassurez-vous, c’est que votre éducation était saine et bienveillante. Vous avez offert l’environnement secure nécessaire à une estime de soi solide.  Vous lui avez permis de se faire confiance et d’avoir confiance. Vous avez réussi à lui apprendre à gérer frustration, inconfort, angoisse et à lui donner courage, envie, persévérance pour affronter sa propre vie. C’est vous qui avez tant donné pour cette victoire. Maintenant il faut profiter. Regardez autour de vous, observez et appréciez ce que vous ne voyiez plus depuis longtemps. Prenez le temps de faire tranquillement ce qui vous incombe, sans stress ni tension. Existez à nouveau, pour vous, par vous-même. Cocoonez-vous, prenez soin de vous, vous l’avez bien mérité.

Sophie Simard-Ougier

L’auteure est psychologue clinicienne depuis 21 ans. Elle pratique une approche dite « intégrative » qui n’impose pas un protocole obligatoire mais s’adapte aux spécificités et aux besoins de chaque individu. Après avoir exercé notamment en cabinet libéral et en institution médico-sociale, elle propose dorénavant des consultations en ligne sur son site temps2psy.fr avec un système informatique spécifique de protection des données garantissant une confidentialité optimum.

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