27 February, 2020
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Laure Prouvost creuse un tunnel entre les pavillons français et britanniques

L’imagination foisonnante d’une Française à la Biennale de Venise

Tout le monde parle de l’artiste française qui brouille réalité et fiction dans une exposition exceptionnelle qui invite à creuser sous la surface.

La semaine précédant l’ouverture de la Biennale de Venise, début mai, une rumeur circulait selon laquelle Laure Prouvost creusait un tunnel entre les pavillons Français et Britannique. Cela ressemblait à une blague sur le renforcement des liens défaillants de l’autre côté de la Manche à la suite du Brexit.

Prouvost est passionnée par les mondes souterrains – en 2013, l’artiste avait remporté le Turner Prize pour une œuvre réalisée sur un grand-père fictif, qui se serait perdu en creusant le sol africain. Au Pavillon français, dans l’historique Giardini de Venise, on y découvre un trou. Un vrai trou. Si vous entrez dans le pavillon – pas par la grande entrée mais par la porte arrière remplie de graffitis – vous trouverez un sous-sol ressemblant à un début de tunnel.

Creuser est un thème récurrent dans l’œuvre de Prouvost. Le terme figure dans « Legsicon », ce dictionnaire qui répertorie les multiples notions et symboles clés de l’œuvre de l’artiste. Elle y décrit un processus de réduction de couches pour accéder à des vérités ambiguës sur qui nous sommes. « Un voyage vers un idéal ailleurs nous permettant d’apprendre à mieux nous comprendre nous-mêmes ».

Un pavillon exceptionnel

Le pavillon de Prouvost s’intitule « Deep See Blue Surrounding You / Vois Ce Bleu Te Fondre ». Cette artiste est la troisième femme à représenter la France à la Biennale, après Annette Messager en 2005 et Sophie Calle en 2007.

En montant les escaliers, vous entrez dans une installation sculpturale vitreuse, avec des objets fabriqués par des souffleurs de verre de Murano. Ici, les créatures marines cohabitent avec des déchets issus de nos océans, des mégots de cigarettes, des emballages en plastiques, des appareils aux technologies obsolètes tels que de vieux téléphones portables ou des iPod, témoins de notre société en mutation rapide et de son impact sur le monde naturel.

Cela mène à la salle de projection, avec le nouveau film de l’artiste, qui suit une douzaine de personnages, de Paris à la lagune. Seule au départ avec sa commissaire d’exposition, Martha Kirszenbaum, elle va croiser des gens et une troupe va se constituer. Au fil des rencontres vont se joindre à elles un magicien avec des coiffures extraordinaires, un rappeur, un flutiste… une odyssée contemporaine, une errance au fil de diverses aventures.

Comme le montre le flou artistique entre réalité et fiction, le film, très onirique, est ponctué de séquences documentaires. Ainsi, dans ce parcours fictif, les images du récent incendie qui a détruit le toit de la cathédrale Notre-Dame. Elle décrit l’intrusion de la séquence dramatique comme un « petit clin d’œil » dans notre réalité immédiate.

« D’où venons-nous, où allons-nous, qui sommes-nous, et moi, qui suis-je en représentant une nation, vis-à-vis des frontières, de l’identité personnelle, de l’autre ? » s’interroge l’artiste, héritière des Dada, qui s’arrêtera notamment avec sa troupe devant le palais du facteur Cheval, monument à l’architecture naïve de la fin du XIXe siècle, cher aux surréalistes Max Ernst et André Breton.

Modernité liquide

Bien que d’origine française, Prouvost vit et travaille entre « Londres, Anvers et une caravane dans le désert croate. »

Le ministre Français de la Culture, Franck Riester, note dans le dossier de presse que l’expérience internationale de Prouvost l’a amenée à « remettre en question le concept de « représentation nationale » et, plus largement, la question de l’identité, qui est si importante et sensible dans nos sociétés d’aujourd’hui. »

« Mon voyage voulait aussi parler de cette liquidité de notre monde contemporain, migrations du chaud vers le froid, frontières barrières, multiplicité des chemins. »

En quittant le pavillon français, Prouvost nous invite à venir creuser avec elle.

Elle nous invite à nous plonger en nous-mêmes.

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