3 June, 2020
HomeOn InformeArtsLa vision des femmes par les surréalistes

La vision des femmes par les surréalistes

Nymphe sublime, objet sexuel …

André Breton dit « Qu’est-ce que la femme? Une étoile dans l’eau. » Ainsi, celle-ci passionne les Surréalistes, chacun ayant une vision différente d’elle: nymphe sublime, objet sexuel …

La valorisation de la femme dans le surréalisme

La muse:

Un des aspects très important, néanmoins plutôt méconnu : la vision de la femme muse par le Surréaliste. Parfois amante, parfois femme idéale qui apportera l’inspiration à la création artistique. Malgré tout, chaque artiste possède sa vision personnelle de la femme muse, il est donc impossible d’en faire une généralité, on ne peut définir la muse surréaliste qu’avec des exemples.

Une femme compta beaucoup chez les Surréalistes : Gala, à l’origine femme de Paul Eluard. Ils se rencontrent alors que l’auteur n’est âgé que de 16 ans, et commencent ainsi une relation à distance avant de se marier. Il allie alors son amour fou pour la jeune russe à une profonde remise en question, alimentée d’abord par le dadaïsme, puis le surréalisme. Gala est pour lui véritable «muse», inspiratrice de poésie romantique. Elle lui permet de redéfinir l’amour fou, en faisant un thème pour lui indissociable de la poésie. Cet aspect de son art transparaît dans grand nombre de ses poèmes, dont La courbe de tes yeux, où il rend un hommage à sa femme.

La vision de la femme variant d’un surréaliste à un autre, le peintre Salvador Dali en a une différente de sa femme. Il épouse Gala, en 1952, après un coup de foudre réciproque. Dès lors, elle devient une de ses uniques sources d’inspiration. Il n’aura de cesse de la magnifier et de la sublimer, dans grand nombre de ses tableaux. Quant à elle, elle prend en main les affaires de son mari et les fait fructifier. Il déclare « J’astiquais Gala pour la faire briller, la rendant la plus heureuse possible, la soignant mieux encore que moi-même, car sans elle tout était fini. ». Ils resteront ensemble jusqu’à la fin, et s’aimeront « jusqu’à la mort ».

Il y a cependant un point sur lequel tous les Surréalistes s’entendent lorsqu’il est question d’Amour. Qu’il s’agisse de Dali ou d’Eluard, de Nusch ou de Gala, c’est contre tous les interdits que le Surréaliste exprime son amour. Il le cultive et le magnifie. L’amour inspiré des muses, portant des similitudes avec l’amour courtois, n’est plus un simple sentiment ; il est une grande force salvatrice et supérieure à tout autre chose que l’on trouverait sur Terre. Aussi, dans les poèmes surréalistes, la femme est investie d’un pouvoir de rédemption ; elle est la bonté, le pardon et l’amour réunis, et incarne le bonheur auquel l’homme aspire.

L’amour fou, l’érotisme :

Après une sorte de traumatisme dû à la violence de guerre, l’esprit de révolte et l’aspiration à la liberté animent  les membres du mouvement surréaliste. Ils agissent dans la provocation et recherchent le scandale.
«Amour, seul amour qui soit, amour charnel, je t’adore, je n’ai jamais cessé d’adorer ton ombre vénéneuse, ton ombre mortelle.» Telle est la définition de «l’amour fou» par André Breton. Cette notion apparaît dans les principaux thèmes du surréalisme avec la femme, et l’érotisme auquel elle aspire.
Le surréalisme est un mouvement anticonformiste, l’érotisme n’y est donc pas perçu comme un tabou, ni dans l’art, ni dans la vie en général des surréalistes.
Aimer est considéré comme une activité surréaliste dans la mesure où «l’amour fou» permet d’atteindre la surréalité. Il correspond non seulement à un sentiment mais aussi à une sensation absolue. A ce sujet, on peut préciser que pour Breton il s’agit seulement d’un amour de la femme car il condamne l’homosexualité.
Il est intéressant d’évoquer cet aspect paradoxal des surréalistes sur la sexualité. Ils ont toujours été anticonformistes, pourtant l’homosexualité est considérée comme  « anormale », notamment pour le chef de file du mouvement. Les Surréalistes ont donc épousé des préjugés sexuels. André Breton était un grand admirateur de Rimbaud, mais  lui reprochait son aventure avec Verlaine. Selon lui c’est un déficit moral et mental qui ne doit pas être toléré par la société. Mais l’homosexualité féminine est moins réprimandée.
Pourquoi ? Parce qu’elle est encore une fois attribuée au fantasme masculin et à l’inspiration qu’elle provoque.
D’après les Surréalistes, la femme est médiatrice entre l’homme (plus particulièrement le poète) et le monde; l’amour constitue un lieu d’extase et de création poétique.

La dévalorisation de la femme chez les Surréalistes

La femme objet sexuel :

La femme, symbole d’amour, de poésie et de magnificence ne fait pas l’unanimité. En effet, certains surréalistes sont en désaccord avec cette vision charmante, et préfèrent la dévaloriser. Ainsi ceux-ci s’inspirent fortement de la psychanalyse de Freud et nous en dressent un portrait. D’un surréaliste à l’autre, la vision de la femme est très différente et subjective. Elle dépend de chacun mais certains ne la voyaient uniquement qu’en un objet sexuel. Les femmes étaient représentées dans des positions subjectives, ou étant vulgarisées comme dans « Parfois, je crache par plaisir sur le portrait de ma mère», de Dali, dans « Femme » de Magritte, ou même dans le court métrage mis en scène par Merret Openheim se servant de son œuvre « Das Frühlingsfest» montrant le mannequin représentant une femme nue recouverte de nourriture, les artistes se nourrissant tous en même temps sur cette femme artificielle.

Revenons-en à la base même du surréalisme qui est : la psychanalyse de Freud, ayant lui-même sa manière de voir la femme: elle qui nourrit l’homme, lui qui la protégera. La femme serait réduite à l’état d’objet se pliant au désir de l’autre et non au sien. Dans « Les Violons d’Ingres » de Man Ray, la femme est vue comme un instrument se pliant aux gestes de l’homme, elle doit être belle.

La femme est donc la célébration du désir, de la jouissance, de la féminité. Un désir représenté très différemment selon l’artiste. Ainsi, Hans Bellmer nous représente celui-ci comme monstrueux, transformant la femme en un être difforme dans son œuvre « La poupée ».
La femme est un être suscitant la fascination. Son désir est à la fois animal, bestial et mystère, puis engendre aussi la jalousie et l’amour. Les Surréalistes n’abordent que très rarement l’intellect féminin, le plus important pour eux étant son apparence physique.

Le féminisme dans le Surréalisme

Dans le surréalisme, la place de la femme est centrale. Sujet favori des Surréalistes, elle est souvent représentée telle une muse, mais aussi comme un objet sexuel. Ainsi, nous pouvons nous demander ce que pensent les femmes de ce mouvement et comment elles réagissent face à cette considération des hommes à leur égard.

Les féministes ont beaucoup critiqué le mouvement surréaliste. En effet ce mouvement est  masculin, peu ouvert aux femmes. Les féministes sont activement contre ces pratiques dites «machistes» et «dégradantes» pour leur sexe, car elles exigent d’être reconnues en tant que personne à part entière, ayant une âme, plutôt que comme un objet, comme par exemple dans le «Le cabinet anthropomorphique 1936» de Salvador Dali. Dans ce tableau nous pouvons constater que la femme est représentée comme une vulgaire commode où l’on range ses affaires.

Les féministes et les Surréalistes ne peuvent s’entendre. En effet ce sont deux thèmes qui s’opposent. L’un défend les valeurs de son propre sexe, et l’autre le «banalise». Ils n’ont pas ou peu de considération pour leur personnalité, mais uniquement pour leur apparence et ce qu’elle leur évoque (désir sexuel). La chair, le corps et l’anatomie passent avant la personne et son âme, pas digne d’intérêt pour les surréalistes à représenter, mais très importante à défendre pour les féministes. Ainsi, Simone de Beauvoir, une des féministes les plus connues, écrivit «Le deuxième sexe», qui est un essai existentialiste, féministe et philosophique. C’est l’œuvre majeure de l’auteur. Elle y dénonce la place de la femme, sa condition dans la société, la vision de l’homme à son égard, l’endoctrinement perpétuel que l’on donne aux jeunes filles dès l’enfance, pour les intégrer dans une société déjà inégale et  leur faire subir un rabaissement face aux hommes, supérieurs. Cependant, Simone de Beauvoir atténue son propos en nous révélant que le mouvement surréaliste permet d’une certaine manière de magnifier les femmes, de les métaphoriser en changeant les formes de leurs corps en les rendant parfois plus belles, de les mythifier comme des déesses, mais à travers seulement leur corps et non à travers leur âme.

Ce courant est donc controversé. Certaines œuvres attisent un mouvement féministe, car ces femmes désapprouvent leur image à travers celles-ci, alors que d’autres sont tolérées, voire appréciées. A l’image de la réflexion de Simone de Beauvoir,  certaines œuvres valorisent la femme et d’autres la dégradent. Les féministes se battent contre ces diffamations à leurs égards. Mais ce courant, moins en vogue aujourd’hui attise moins les débats. Ainsi, nous avons vu que les féministes étaient opposées à certains sujets du surréalisme, notamment ceux qui visent à les dévaloriser, ou les réduire à l’état d’objets sexuels. Paradoxalement, certaines femmes font partie intégrante de ce mouvement, bien que ce soit un courant masculin, et les accepte grâce à leur talent. Par exemple, Peggy Guggenheim organisa en 1942 une exposition de peintures surréalistes, à laquelle 31 femmes participèrent. Cet événement était exceptionnel, et cela souligne aussi le fait que les femmes pourtant d’habitude contre le surréalisme peuvent parfois s’accorder avec le style.

Le courant surréaliste peut aussi bien valoriser que dévaloriser la femme, tantôt muse et amour fou, tantôt objet sexuel, suscitant la controverse. Chaque surréaliste exprime et cultive sa vision de la femme de différentes manières, aussi bien par la peinture, la littérature, la sculpture que le cinéma, suscitant la polémique dans les populations occidentales.

Nous pouvons nous demander si dans le Pop Art, le mouvement succédant au surréalisme, la femme est représentée de la même manière, puisqu’en effet, nous pouvons noter que celle-ci tient également une place prépondérante dans ce mouvement.

Share