7 July, 2020
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La véritable histoire des fake news

Pourquoi elles réapparaissent à l’ère d’internet

Des hommes chauves-souris géants qui passaient leurs journées à cueillir des fruits et à tenir des conversations animées ; des créatures ressemblant à des chèvres à la peau bleue ; un temple fait de saphir poli. Telles sont les vues étonnantes dont a été témoin John Herschel, un éminent astronome britannique, lorsqu’en 1835, il a pointé vers la lune un puissant télescope depuis un observatoire d’Afrique du Sud. C’est du moins ce que les lecteurs du New York Sun ont pu lire dans une série d’articles.

Sensation. Les curieux se sont précipités pour acheter chaque jour l’édition du Sun. Le tirage du journal est passé de 8 000 à plus de 19 000 exemplaires, dépassant le Times of London, pour devenir le quotidien le plus vendu au monde. Petit problème : les reportages fantastiques avaient été concoctés par Richard Adams Locke, le rédacteur en chef du quotidien. Herschel effectuait de véritables observations astronomiques en Afrique du Sud, mais Locke savait qu’il faudrait des mois pour que sa supercherie soit révélée, car le seul moyen de communication avec le Cap était le courrier. Tout cela n’était qu’un énorme canular – ou, comme on dirait aujourd’hui, une « fake news ». Ce classique du genre met en lumière les avantages des fake news en tant que stratégie commerciale – et aide à comprendre pourquoi elles ont refait surface à l’ère d’Internet.

Les premières fake news remontent aux premiers jours de l’impression. Aux XVIe et XVIIe siècles, les imprimeurs produisaient des brochures ou des livres d’information, offrant des récits détaillés de bêtes monstrueuses ou d’événements inhabituels. Un journal publié en Catalogne en 1654 rapporte la découverte d’un monstre avec « des pattes de chèvre, un corps humain, sept bras et sept têtes » ; un pamphlet anglais de 1611 raconte l’histoire d’une Hollandaise qui a vécu pendant 14 ans sans manger ni boire. Et si ce n’était pas vrai ? Les imprimeurs ont fait valoir, comme le font aujourd’hui les géants de l’internet, qu’ils ne faisaient que fournir un moyen de distribution et qu’ils n’étaient pas responsables de l’exactitude des informations.

Mais les journaux avaient une réputation à préserver. Le Sun, fondé en 1833, a été le premier journal moderne, financé principalement par des annonceurs plutôt que par des abonnements, de sorte qu’au départ, il visait à tout prix le lectorat. Au début, il a prospéré grâce au canular de la lune, compilant même ses reportages dans un livre à succès. Mais il a rapidement été démasqué par ses concurrents. Les journalistes se sont également rendus compte qu’il était possible de trouver une quantité infinie d’histoires

en envoyant des reporters dans les tribunaux et les commissariats de police.

Au fil du XIXe siècle, l’impartialité et l’objectivité vont devenir la règle pour les journaux les plus prestigieux.

Mais ces dernières années, les moteurs de recherche et les médias sociaux ont fait émerger quantité d’informations. Facebook déroule un flux infini d’articles provenant de tout le web. Cliquez sur un titre intéressant et vous risquez de vous retrouver sur un site bidon, créé par un propagandiste politique ou un adolescent en Macédoine pour attirer du trafic et générer des revenus publicitaires. Les colporteurs de fausses histoires n’ont aucune réputation à entretenir et aucune incitation à rester honnête ; ils ne s’intéressent qu’aux clics. En 2016, on a pu lire par exemple que le pape avait supporté Donald Trump ou qu’Hillary Clinton avait vendu des armes à l’État islamique. Les motivations derrière ces histoires étaient plus commerciales que politiques ; il s’est avéré que les partisans de Trump étaient plus susceptibles de cliquer et de partager des fake news…

Grâce à la diffusion sur Internet, les fausses nouvelles sont à nouveau une activité rentable. Cette floraison d’histoires inventées de toutes pièces corrompt la confiance dans les médias en général et permet à des politiciens sans scrupules de colporter plus facilement des demi-vérités, voire des mensonges. Les organisations médiatiques et les entreprises technologiques s’efforcent de déterminer la meilleure façon de réagir. Peut-être qu’une vérification plus ouverte des faits ou une meilleure éducation aux médias pourrait aider.

Mais ce qui est clair, c’est qu’un mécanisme qui a tenu en échec les fausses nouvelles pendant près de deux siècles ne fonctionne plus. Nous devrons en inventer de nouveaux.

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