27 February, 2020
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Qu’est-ce que la thérapie de conversion ?

« Que l’esprit de l’homosexualité te quitte »

La «thérapie réparatrice» vise à modifier l’orientation sexuelle

La pratique, connue aux États-Unis, est cachée en France et les victimes peu visibles. Mais elles existent.

Les thérapies de conversion – ou simili cérémonies religieuses – prétendant “soigner” et changer l’orientation sexuelle d’une personne, s’implantent en France mais restent souvent secrètes et mal identifiées alors qu’une loi pour les interdire est en préparation.

Selon des études de l’UCLA Williams Institute, plus de 700 000 personnes LGBTQ ont été victimes des horreurs de la thérapie de conversion et environ 80 000 jeunes LGBTQ feront l’expérience de ce comportement non professionnel au cours des prochaines années, souvent à la demande de parents bien intentionnés mais mal informés.

Est-ce que la thérapie de conversion fonctionne?

La thérapie de conversion est fondée sur la notion fausse selon laquelle être LGBTQ est une maladie mentale qui devrait être guérie. Pourtant toutes les principales associations médicales sont d’accord sur le fait que les identités LGBTQ sont une variante normale de la nature humaine. L’American Psychiatric Association a déterminé que l’homosexualité n’était pas une maladie mentale en 1973.

En plus de son fondement imparfait, aucune étude scientifique crédible n’a jamais confirmé les prétentions des thérapeutes de conversion. Au contraire, un rapport publié en 2007 par un groupe de travail de l’American Psychological Association a révélé que «les résultats de recherches scientifiquement valables indiquent qu’il est improbable que des individus soient capables de changer d’orientation sexuelle.»

La thérapie de conversion est-elle dangereuse ?

Oui. Les risques de la thérapie de conversion vont bien au-delà de son inefficacité, ainsi que du temps et de l’argent gaspillés en «thérapies» qui ne fonctionnent pas. L’American Psychiatric Association a précisé que «les risques potentiels de la thérapie réparatrice sont importants, notamment la dépression, l’anxiété et les comportements autodestructeurs, car l’alignement du thérapeute sur les préjugés de la société contre l’homosexualité peut renforcer la haine de soi déjà ressentie par le patient». L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS),  a conclu que la thérapie de conversion «manque de justification médicale et représente une menace sérieuse pour la santé et le bien-être des personnes touchées».

La thérapie de conversion amplifie la honte et la stigmatisation que de nombreux jeunes LGBTQ vivent déjà. Les parents qui envoient leur enfant en thérapie de conversion risquent de rompre leur relation avec leur enfant. Dans une étude de la San Francisco State University, les jeunes lesbiennes, gays et bisexuels qui ont été rejetés par leur famille et leurs soignants en raison de leur identité étaient près de six fois plus susceptibles de présenter des niveaux élevés de dépression et plus de huit fois plus susceptibles d’avoir tenté de se suicider par rapport aux jeunes acceptés par leurs familles. Peu de pratiques blessent davantage les jeunes LGBTQ que des tentatives de changement d’orientation sexuelle ou d’identité de genre. Tous les jeunes méritent un climat dans lequel ils sont aimés et considérés.

Religions et thérapies de conversion ?

Ces pratiques ne se limitent pas au catholicisme et au protestantisme. Des personnes LGBT musulmanes sont soumises à de l’exorcisme, souvent dans leurs pays d’origine, selon l’association Shams France, qui rassemble des personnes LGBT issues du Moyen-Orient et du Maghreb.

Du côté du Beit Haverim, association LGBT juive, on explique que s’il n’existe pas de “thérapies de conversion”, il arrive que des jeunes LGBT soient envoyés dans des écoles talmudiques pour être “remis dans le droit chemin” à travers l’enseignement religieux.

Une proposition de loi

Face à toutes ces pratiques, la députée Laurence Vanceunebrock-Mialon s’est emparée du sujet. Elle estime avoir désormais “suffisamment de matière pour prouver qu’il y a un sujet en France” et “une population d’homosexuels qui peuvent être la proie de ce genre de pseudo-thérapeutes”, tout en considérant que le problème “reste à la marge” et ne concerne pas toutes les personnes LGBT.

Sa proposition de loi qui prévoit 30.000 euros d’amende et 2 ans d’emprisonnement devrait être déposée au printemps 2020. “Est-ce que cette loi va être autre chose qu’une pétition de principe ?”, s’interroge Cyrille de Compiègne, chargé de la lutte contre l’homophobie religieuse au sein de David et Jonathan, qui se pose la question des moyens qui seront alloués, notamment pour enquêter. Pour la députée, au-delà de l’aspect répressif, la loi est importante pour faire comprendre aux citoyens que “le meilleur accompagnement qu’on puisse proposer à un jeune homosexuel, c’est de l’aider à s’accepter”.

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