3 June, 2020
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La fausse barbe du Père Noël

L’Esprit de Noël porte la robe du jugement

Les petites lumières de Noël illuminent nos rues, les vitrines se parent de promesses, les enfants s’émerveillent devant les catalogues de jouets et quelques hauts parleurs viennent nous rappeler que les voix des anges chantent pour annoncer une période de trêve pendant laquelle les confiseurs déposeront chocolats et pâtes de fruits dans nos souliers.

Les fêtes en famille nous réservent sa magie dans les yeux des plus petits et les agacements légendaires qui pavent les retrouvailles de plusieurs générations. Les petits mots, les contraintes, les souvenirs et les rancunes sont effacés par la douceur des rires d’une mamie heureuse de retrouver les siens et le bonheur du partage. Parce quoiqu’on en dise, c’est notre famille.

Les conflits sont en conscience mis au fond de la poche, le deuil de la famille idéale est fait depuis plusieurs réveillons et les susceptibilités sont mises au placard.

Le vrai challenge reste alors de vivre la période dans son univers professionnel. Les grandes entreprises vont proposer à leurs salariés un « arbre de Noël ». Les collègues pourront ainsi voir les chérubins, l’épouse ou l’époux, et évoquer le lendemain à la pause-café leur étonnement ; « Le petit dernier a été insupportable, l’ado a grossi, elle n’a pas de chance avec son mari, il n’a pas l’air de s’occuper des enfants…  mais je dis ça je ne dis rien… avec tous les problèmes qu’elle a avec sa cadette, on le voit bien elle est fatiguée le matin… ». L’Esprit de Noël porte la robe du jugement.

Heureusement l’entreprise veille et organise tout, nous avons repris quelques témoignages :

« On a été obligé d’aller aux afterwork toute l’année et là le chef de service nous propose une soirée dans un club avec un spectacle de danse brésilien, et en févier le CE propose un we au ski. C’est embêtant de ne pas être présent, que diront-ils ? »

« Cette année avec le déménagement sur l’open space on n’a pas eu le droit de mettre un sapin, mais on a organisé une soirée où chacun offre quelque chose à l’autre en tirant au sort l’heureux élu. Je dois trouver une idée pour le chef comptable que je n’aime pas, cela complique ».

Chacun demande à l’autre ce qu’il fait pour les fêtes, et la compétition est lancée. Ne « rien faire » pour Noël renvoie une image de détresse sociale. Concours de cadeaux, voyages, photo de la décoration de Noël, et malheureusement dépenses outrancières ; tout concourt à trouver réponse à l’injonction au bonheur qui nous est imposée.

Les congés sont organisés et le repos devrait être au rendez-vous. Mais les réunions de fin d’année pleuvent. C’est l’heure des bilans, des primes que quelque fois on doit réclamer, des mercatos, des nouveaux objectifs qui vont être fixés, le tout sur fond d’angoisse économique, de grève, de craintes que l’année nouvelle vienne abimer ce petit bout de bonheur que l’on a longuement construit. En attendant, on vous demande de vous aimer, de jouer un rôle, de remplacer l’authenticité par le paraitre ; on attend des efforts…

Une récente étude amusante sur les européens au travail et Noël révèle quelques pépites ;

Les Anglais (18%) et les Danois (19%) sont ainsi les plus nombreux à avoir embrassé un collègue de travail lors d’une fête de Noël, ce qui n’est le cas que de 5% des Français.

Les Anglais (14%) auront aussi été les plus prompts à se mettre dans une situation embarrassante pour avoir trop bu. Quant aux Allemands, ils sont les plus à même d’avoir dansé avec un collègue lors d’une soirée de Noël (12%).

Alors désenchantement ou désillusion, ce que l’on accepte des siens devient insupportable quand il s’agit de l’entreprise. Le père Noël porte une fausse barbe : celle d’une sentimentalité dégoulinante qui n’a pas sa place dans les relations de travail !

Au pied du sapin pensons-y ! Le vrai bien-être ne viendra pas de votre « chief  happiness officer ». Il se niche certainement dans les liens authentiques.

Elvire del Fondo

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