7 December, 2019
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La créatrice de la poupée Barbie, un cas de leadership au féminin

« J’ai vécu ma vie de poitrine en poitrine »

Ruth Handler, créatrice de la poupée Barbie, l’un des jouets les plus vendus au monde, est devenue une icône de la culture populaire américaine. Elle est décédée samedi dans un hôpital de Los Angeles, où elle vivait. Elle avait 85 ans.

Ruth Handler est une pionnière, à l’origine d’une véritable révolution. En 1959, on ne trouve, dans les magasins de jouets et dans les familles, que des poupées aux allures de poupons. Elle crée alors la première poupée avec une apparence adulte : elle a des seins, des cheveux blond-platine, des yeux bleus perçants. Elle lui donne le prénom de sa fille. Son homologue masculin, Ken, portera le prénom de son fils.

 » Chaque petite fille a besoin d’une poupée pour se projeter dans son rêve de jeune-fille « , déclare Ruth Handler dans un entretien accordé au New York Times en 1977.  » Il serait un peu stupide de lui proposer une poupée à la poitrine plate. Alors je lui ai donné de beaux seins.  »

Barbie a été conçue comme une mannequin adolescente et ses premières tenues portent le nom de ses diverses activités, selon MG Lord, auteur de  » Forever Barbie : la biographie non autorisée d’une vraie poupée.  »  Parmi ses premières tenues :  » Friday Night Date  » (Rendez-vous un samedi soir) et  » Sorority Meeting.  » (Réunion entre amies.)

Barbie évolue avec son époque. Dans les années 1970, avec les critiques des féministes, ses choix de carrière – et ses tenues – commencent à évoluer. Barbie devient médecin, astronaute ou vétérinaire, entre autre.

Une des principales objections des féministes, y compris de l’Organisation nationale des femmes, est que la silhouette de Barbie suscite chez les jeunes filles des attentes irréalistes qui pourraient nuire à leur estime de soi. De fait, un universitaire a calculé que les chances d’une femme d’avoir les mensurations de Barbie, toutes proportions gardées, étaient inférieures à 1 sur 100 000.

Dans son autobiographie de 1994 intitulée « Dream Doll : The Ruth Handler Story », Ruth Handler écrit : « Toute ma philosophie reposait sur le fait que, grâce à la poupée, la petite fille pouvait devenir ce qu’elle voulait être. Barbie a toujours représenté le fait qu’une femme a le choix.  »

Très vite, on se les arrache et Barbie va faire de Mattel, dont Ruth Handler est l’une des fondatrices, l’une des success story de l’après-guerre. Avec son mari, ils la dirigeront pendant 30 ans, avant le scandale et la démission. En 1978, Ruth Handler et plusieurs autres dirigeants de la société sont inculpés de fraude et de fausses déclarations à la Securities and Exchange Commission. On leur reproche des tentatives d’influence sur le cours des actions. Elle sera condamnée à une amende et à une peine de travaux d’intérêt général.

Cependant, jamais à court d’idées, elle s’était déjà lancée dans une deuxième carrière en créant une entreprise de fabrication de seins prothétiques pour les survivantes du cancer. En parlant de ses deux carrières, Ruth Handler était connue pour dire : « J’ai vécu ma vie de poitrine en poitrine ».

En 1970, elle est en effet victime d’un cancer du sein. On lui retire le gauche. Elle réalise qu’il est impossible de trouver un sein de remplacement acceptable.  » Jusqu’à présent « , dira-t-elle en 1977,  » chaque sein vendu était utilisé indifféremment pour le côté droit ou pour le côté gauche. Il n’y a jamais eu de cordonnier qui ait fabriqué une chaussure identique pour le pied droit et le pied gauche ! « 

Ruth Handler, qui s’est décrite un jour comme une « génie du marketing », était connue pour ouvrir son chemisier lors d’interviews et demander aux journaliste ou aux photographes de palper ses seins pour déterminer lequel était réel.

Après avoir mis au point une gamme de seins artificiels en mousse et en silicone qu’elle a surnommée « Presque moi », elle est devenue une militante du dépistage précoce du cancer du sein, à une époque où le sujet était rarement abordé. Elle a dirigé la société de prothèses mammaires Ruthton Corporation pendant 15 ans, préparant elle-même les seins, avant de la vendre à une division de Kimberly-Clark. Mais elle n’en a jamais tiré aucun profit.

En attendant, plus d’un milliard de Barbies ont été vendues dans 150 pays.

Bien après son départ de Mattel, la poupée est restée extrêmement populaire, non seulement en tant que jouet, mais également en tant qu’icone de la culture américaine. Barbie, portant parfois des tenues et des coiffures qui pourraient faire frémir l’épine dorsale de Mme Handler, a fait l’objet d’expositions d’art, d’un tableau d’Andy Warhol, d’un documentaire télévisé, de livres et de sites Web, notamment Barbie.com et AdiosBarbie.com. dédiés à l’amélioration de l’image corporelle des femmes.

Et si Barbie n’était pas si sotte ?

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