9 July, 2020
HomeJe m'informeCultureJeanne Reichenbach : l’ultime amour de Léon Blum

Jeanne Reichenbach : l’ultime amour de Léon Blum

L’amour de Jeanne n’avait aucune limite et la guerre n’en était pas une

Léon Blum arrive avec Marx Dormoy à Bordeaux le 15 juin 1940. La France vit des moments terribles. Il repense à septembre 1914, à ses débuts en politique, lorsqu’il appartenait au cabinet de Marcel Sembat et que le gouvernement français s’était replié dans la ville au début de la guerre.

Aujourd’hui, c’est la débâcle ; les deux hommes ont croisé des files immenses de réfugiés. On les loge à la préfecture de Gironde ; ils essayent (ils voteront contre les pleins pouvoirs au maréchal Pétain) encore de peser sur la situation politique qui se délite, mais sans résultat.

Léon Blum prend la route de Port-Vendres pour embarquer sur le Massilia et se réfugier au Maroc. Le bateau est déjà parti de Verdon-sur-Mer : il échappera donc à ce « traquenard » où se trouvent en revanche embarqués Pierre Mendès France, Jean Zay, Georges Mandel, Édouard Daladier ou André Le Troquer. Mais son sort ne sera guère plus enviable…

En effet, retiré des affaires et accueilli par des amis à L’Armurier, une maison près de Toulouse, mais jugé « dangereux pour la sécurité de l’État » par la Cour suprême de Vichy, il est arrêté en septembre 1940 pour être emprisonné au château de Chazeron près de Châtelguyon en Auvergne : se prépare le procès de Riom

Depuis juin 1940, une femme l’épaule, d’abord dans l’ombre. Puis moins discrètement. Elle est alors présentée comme étant sa secrétaire (il travaille à la rédaction de son livre « À l’échelle humaine«  qui paraîtra en 1945 chez Gallimard). Il s’agit de Jeanne Reichenbach, une vieille amie, qui, depuis la mort en 1938 de sa seconde épouse, Thérèse, s’est rapprochée de lui. Elle l’aime depuis toujours : « À seize ans, j’étais amoureuse de Léon », confiera-t-elle.

Née Jeanne Levylier, elle l’a connu très jeune chez son beau-père, Charles Humbert, avec qui sa mère s’était remariée. Divorcée de l’avocat Henry Torrès dont elle a eu deux enfants, Jean et Georges, puis remariée avec l’industriel Henri Reichenbach (les magasins Prisunic), elle va devenir sa maîtresse et refuser de quitter la France pour suivre l’homme qu’elle aime, qu’elle épousera officiellement (son deuxième mari s’étant suicidé au Brésil) en 1943 à Buchenwald…

Jeanne Léon-Blum (c’est ainsi qu’elle signera ses livres), la dernière épouse et le dernier amour de Léon Blum, mort en 1950, a elle-même mis volontairement fin à ses jours (après avoir brûlé de nombreux documents) en juillet 1982, mais sa correspondance avec lui entre 1940 et 1943 a été préservée : c’est grâce à cela et pour lui rendre hommage que Dominique Missika (déjà l’auteur notamment d’une biographie de Berty Albrecht) a écrit « Je vous promets de revenir », retraçant le « dernier combat » de Léon Blum et l’engagement très fort de Jeanne Reichenbach à ses côtés.

Car, du château de Chazeron à la maison d’arrêt de Riom (le fameux procès sera un fiasco que les autorités vichyssoises interrompront sine die), en passant par le château de Bourrassol et le fort du Portalet, puis déporté à Buchenwald, tout près du camp, dans la maison du Fauconnier, Léon Blum subira cinq années d’internement et de prison, avant d’être libéré en avril 1945, après un périple jusque dans les Dolomites.

Pendant toutes ces années, Jeanne Reichenbach sera là, au point, on l’a vu, de l’épouser en prison et d’y vivre avec lui : un destin combien singulier

« Mais à tout événement, la Poste restera fidèle et ponctuelle. Elle vous apporte, Janot, l’expression d’un amour qui n’a cessé de se fortifier et s’enrichir à mesure que nous vivons plus complètement et plus solitairement ensemble. Elle vous apporte le témoignage du bonheur dont le charme, la puissance, la certitude m’emplissent. […] Je vous aime », lui écrivait Léon Blum.

Share