12 November, 2019
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Freud et les femmes

Freud, tout feu tout femmes !

Les pensées de Sigmund Freud sur les femmes ont suscité la controverse de son vivant et continuent de provoquer un débat considérable aujourd’hui. « Les femmes s’opposent au changement, reçoivent passivement et n’ont rien à ajouter », écrit-il dans un article de 1925 intitulé « Les conséquences psychiques de la distinction anatomique entre les sexes ».

« La grande question à laquelle on n’a jamais répondu, et à laquelle je n’ai pas encore été en mesure de répondre, malgré mes trente années de recherche sur l’âme féminine, est :  » Que veut une femme ?  » , cette phrase est prononcée par l’inventeur de la psychanalyse est reprise dans l’ouvrage d’Ernest Jones, « Sigmund Freud : Vie et travail ».

Donna Stewart, professeure et présidente du comité de la santé des femmes du University Health Network, souligne : « Freud était un homme de son temps. Il était opposé au mouvement d’émancipation des femmes et croyait que leur vie était dominée par leurs fonctions de reproduction sexuelle. »

Freud croit que les femmes subissent l’absence de pénis

L’envie du pénis est la contrepartie féminine du concept de Freud de l’angoisse de castration chez le garçon, élément déterminant de la théorie du complexe d’Œdipe. Dans sa théorie du développement psychosexuel, Freud suggère que, durant la phase phallique (environ de 3 à 5 ans), les petites filles se distancent de leur mère pour se tourner vers leur père.

Selon Freud, cela se produit lorsqu’une petite fille réalise qu’elle n’a pas de pénis, ce qu’elle vit comme un manque. « Les filles tiennent leur mère pour responsable et ne lui pardonnent pas d’être ainsi désavantagées », explique Freud (1933).

De nombreuses méthodes de Freud sont issues de son traitement de l’hystérie

La thérapie révolutionnaire de Freud découle en partie de son travail avec Bertha Pappenheim, surnommée Anna O., qui souffrait de ce que l’on appelait alors l’hystérie. Elle éprouvait une variété de symptômes comme des hallucinations, des amnésies ou des paralysies partielles.

Sa méthode de « cure parlante » va atténuer ces symptômes (Bertha Pappenheim deviendra assistante sociale et apportera une contribution significative au mouvement des femmes en Allemagne.)

Au départ, Freud suggère que les causes de l’hystérie sont enracinées dans les abus sexuels commis durant l’enfance. Il abandonnera par la suite cette théorie pour mettre l’accent sur le rôle des fantasmes sexuels dans le développement de diverses névroses et maladies.

« Sa compréhension des femmes était notoirement insuffisante, mais il a fait de grands progrès au-delà de ce que l’on comprenait des femmes quand il est entré en scène. C’était très inhabituel, à l’époque de Freud, de reconnaître que les femmes éprouvaient des désirs sexuels, et encore moins de dire que le la répression de leur désir sexuel pourrait les rendre hystériques », explique l’historien Peter Gay.

Quelles femmes dans la vie de Freud ?

Alors que Freud affirme souvent qu’il comprend peu les femmes, plusieurs d’entre elles vont jouer un rôle important dans sa vie personnelle. Et notamment sa mère, dont il a souvent été décrit comme le préféré. « J’ai découvert que les personnes qui savent qu’elles sont préférées ou favorisées par leurs mères témoignent dans leur vie d’une autonomie particulière et d’un optimisme inébranlable, déclare le psychanalyste.

La relation de Freud avec son épouse, Martha, est très traditionnelle. « C’était une très bonne hausfrau (femme au foyer) », raconte sa petite-fille, Sophie Freud.

Freud a grandi avec plusieurs sœurs. Il aura ensuite trois fils et trois filles, dont Anna Freud, qui jouera un rôle majeur dans la poursuite du travail de son père.

Femmes importantes dans l’histoire de la psychanalyse

Tandis que Freud décrit les femmes comme inférieures aux hommes, nombre d’entre elles vont jouer un rôle déterminant dans le développement et les avancées de la psychanalyse. La première femme à avoir rejoint la Société psychanalytique viennoise de Freud est Helene Deutsch en 1918. Elle publie le premier livre psychanalytique sur la sexualité des femmes et écrit abondamment sur des sujets tels que la psychologie des femmes, l’adolescence des femmes ou la maternité.

La psychanalyste (et peut-être amante de Carl Jung) Sabina Spielrein aura également une influence importante sur le développement de la psychanalyse. Elle est à l’origine l’une des patientes de Jung. Au cours des premières années de l’amitié entre Freud et Jung, les deux hommes passent beaucoup de temps à discuter de son cas, ce qui contribue à façonner nombre de leurs points de vue. Sabina Spielrein elle-même est reconnue pour avoir développé le concept d’instinct de mort et pour avoir introduit la psychanalyse en Russie.

Quelques points de vue opposés

Il n’est pas surprenant que certains spécialistes aient réagi différemment à la vision limitée et souvent offensante de Freud de la psychologie féminine. Karen Horney était l’une de ces critiques, reprenant le concept de l’envie du pénis de Freud et apportant sa propre interprétation de la psychologie masculine.

Même la petite-fille de Freud critiquera plus tard son célèbre ascendant.

Bien que les idées de Freud sur la sexualité féminine aient souvent été contraires aux tendances patriarcales de l’ère victorienne, il était toujours un homme de son temps. Son travail est souvent considéré comme misogyne et sa propre petite-fille, Sophie Freud, qualifiera ses théories de dépassées. « Ses idées ont émergé de la société. Dans ses théories, il reflétait la conviction que les femmes étaient secondaires et n’étaient pas la norme « , a-t-elle expliqué.

Le concept d’envie de pénis de Freud est critiquée à son époque, notamment par la psychanalyste Karen Horney. Elle suggère que ce sont les hommes qui souffrent de leur incapacité à avoir des enfants, ce qu’elle appelle une « envie de matrice ».

Freud lui répond, indirectement, en écrivant en 1949 : « Nous ne serions pas très surpris si une femme analyste qui n’était pas suffisamment convaincue de l’intensité de son propre désir de pénis omet également d’attacher une importance appropriée à ce facteur « . Selon Freud, le concept d’envie de matrice de Horney est né de la prétendue envie de son pénis.

Même Freud lui-même a admis que sa compréhension de la femme était limitée. « C’est tout ce que j’ai à vous dire sur la féminité », écrit-il en 1933. « C’est certainement incomplet et fragmentaire et ne semble pas toujours amical… Si vous voulez en savoir plus sur la féminité, renseignez-vous sur vos propres expériences de la vie, ou tournez-vous vers les poètes, ou attendez que la science vous donne des informations plus profondes et plus cohérentes. « 

Comprendre les vues de Freud aujourd’hui

Aujourd’hui, de nombreux analystes suggèrent que, plutôt que de rejeter totalement les théories de Freud, nous devrions plutôt nous concentrer sur le développement de nouvelles vues sur ses idées originales. Comme l’écrit un auteur: « Freud a révisé ses théories à plusieurs reprises alors qu’il accumulait de nouvelles données et développait de nouvelles idées. Les analystes contemporains ne devraient pas faire moins. »

Et que dire de cette citation de Freud « Les femmes sont querelleuses, tracassières, ergoteuses, mesquines et avares…» Les femmes resteront donc un mystère éternel pour Freud !

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