10 August, 2020
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Frankenstein était féministe !

Comment Frankenstein agit comme une plate-forme féministe.

Mary Shelley, née  en 1797 dans un faubourg de Londres et décédée en 1851, est une femme de lettres anglaise, romancière, dramaturge, essayiste, biographe et auteur de récits de voyage. Elle est surtout connue pour son roman « Frankenstein ou le Prométhée moderne ».

Quand on pense au terme « texte féministe » en littérature, on pense généralement à un roman à forte influence féminine. « Frankenstein » de Mary Shelley, un roman à prédominance masculine, s’écarte de ce stéréotype et inclut à la place une abondance de personnages féminins subordonnés qui façonnent le roman dans le texte féministe qu’il est en creux. Ces personnages vont de l’amour à la voix douce (Victor),  à la forte volonté (Elizabeth) jusqu’à (Safie) la création prochaine de la compagne du Monstre. À travers la narration masculine, Shelley décrit la manière dont ses personnages sont considérés et traités par les personnages hommes, en les plaçant même délibérément dans des situations qui encadrent subtilement sa propre opinion concernant les idéologies féministes. Frankenstein met en lumière les divers problèmes qui étaient et sont toujours importants dans le monde des femmes en les décrivant délibérément comme faibles, disponibles et subordonnées aux hommes.

Le personnage féminin le plus important et le premier à avoir été introduit dans Frankenstein est Elizabeth. Malgré la place d’Elizabeth dans le roman, son importance reste dans l’ombre d’une majorité de personnages masculins, y compris d’Henry Clerval et de Victor. Bien qu’il soit évident que Victor considère Elizabeth avec tout sauf de la tendresse, il est incontestable qu’il la voit clairement comme le sexe soumis. Bien que cela soit fait sans aucune offense flagrante envers Elizabeth, Victor la dégrade subtilement en minant toute son existence pour qu’elle lui appartienne, Elizabeth étant même être sa « future femme »  par sa mère alors que ce ne sont que deux enfants.

Victor continue à illustrer sa perception d’Elizabeth, parlant d’elle comme si c’était une enfant et la comparant aux animaux en utilisant des commentaires tels que  » Elle était docile et de bonne humeur, mais gaie et enjouée comme un insecte d’été  » et décrivant leurs interactions avec des commentaires tels que « J’ai aimé l’aider, comme je devrais le faire avec un animal préféré… ». Shelley accentue encore la déshumanisation d’Elizabeth en l’utilisant comme accessoire dans le jeu déloyal du monstre lorsqu’il cherche à se venger de Victor. Le rôle d’Elizabeth dans la vengeance du monstre est une métaphore révélant à quel point elle était considérée simplement comme une « possession ». Dans le contexte féministe, le rôle principal d’Elizabeth au sein du roman consiste à exposer la façon dont les hommes et la société dans son ensemble perçoivent et traitent les femmes : soumises, dociles et présentes dans le seul but de faire plaisir aux hommes.


Shelley utilise ensuite la présence d’Elizabeth pour révéler son opinion sur le mariage et la camaraderie. La mort prématurée d’Elizabeth le jour de son union reflète en fin de compte l’attitude négative de Shelley à l’égard du mariage et des relations similaires à celle de Victor et Elizabeth. Le meurtre d’Elizabeth, toujours dans sa robe de mariée, constitue une métaphore de la manière dont Shelley voit le mariage : un souhait de mort au sens littéral. Cependant, Shelley décrit brièvement la relation « idéale » entre un homme et une femme à travers l’introduction de Safie et de Felix.

Shelley n’idéalise pas seulement Safie en tant que compagne modèle, mais aussi comme l’incarnation de ce qu’elle considère être une femme parfaite. Safie est décrite comme étant autonome, déterminée et courageuse. Safie ignore complètement les coutumes de sa culture afin de donner la priorité à ses propres désirs, et non aux désirs des autres, ce qui était totalement inconnu chez les jeunes femmes de cette époque. Cependant, bien que Safie soit la représentation parfaite de ce personnage féminin « idéal », sa présence dans le roman ne dure que quelques pages, pour ne plus jamais être mentionnée. Safie se dissipe dans la non-existence et ne devient plus qu’une histoire de conte de fées, indiquant que, même si une femme telle que Safie est rêvée, les femmes comme elles ne sont rien de plus que des produits de l’imagination.

La figure la plus forte qui soit représentative du commentaire social-féministe de Shelley est probablement « la monstre féminin » que Victor avait accepté de créer pour accompagner le monstre. Dès le début de la deuxième expérience, Victor commence à douter de sa décision, tirant des conclusions hâtives concernant la créature qui n’existe pas encore, telle que : Elle qui, selon toute probabilité, allait devenir un animal pensant et raisonnant, pourrait refuser de se conformer à un pacte conclu avant sa création. Ils pourraient même se détester; la créature qui a déjà vécu abhorrait sa propre difformité, et ne pourrait-elle pas concevoir une plus grande horreur lorsqu’elle lui est apparue sous sa forme féminine? Elle pourrait aussi se tourner vers la beauté supérieure de l’homme ; elle pourrait le quitter et il serait de nouveau seul, exaspéré par la nouvelle provocation d’être abandonné par une de ses espèces.

Victor n’a pas peur du monstre féminin, mais du fait que, si elle devait être créée, elle aurait un sentiment de soi, une raison d’être et des besoins semblables à ceux de l’homme. Comme l’a déclaré Williams, « il craint qu’elle ait sa propre façon de penser. L’autonomie des femmes, aux yeux de Victor, devient une menace terrible ». Anne K. Mellor (spécialiste de la littérature anglaise) affirme que Victor craint uniquement la femme libre d’esprit « qui ne peut pas être contrôlée par sa créature mâle », c’est-à-dire qu’il craint la perspective d’une femme qui désobéit aux hommes.

Une autre crainte à affronter à laquelle Victor doit faire face lors de la réalisation de la créature est la possibilité qu’elle souhaite procréer, donnant lieu à « une race de diables qui se propageraient sur la terre. » Cette idée d’une femme entêtée et libérée sexuellement contredit la perception évidente de Victor de la femme docile et soumise.

La destruction par Victor de la créature féminine n’est pas seulement représentative de la crainte de l’autonomie de la femme, mais aussi du désir patriarcal de valider la supériorité des hommes sur les femmes. En résumé, en incluant délibérément des personnages féminins subalternes et en soulignant leur infériorité par rapport aux hommes, Frankenstein de Mary Shelley met en lumière ce désir patriarcal et les effets de ce besoin de pouvoir, en transformant le roman en un texte féministe.

Frankenstein, est-il un porte-parole de la cause des femmes ?

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