20 January, 2020
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L’emploi féminin, utile et nécessaire pour la croissance

La réduction des écarts des taux d’emploi femmes / hommes est porteuse de croissance

Les inégalités entre hommes et femmes se retrouvent dans tous les domaines de la vie économique et représentent une importante perte de richesse potentielle en termes de productivité et de niveau de vie, pour les intéressées elles-mêmes et pour l’ensemble de l’économie. La croissance économique des pays de l’OCDE, au cours des 50 dernières années, s’explique pour moitié environ par l’élévation du niveau d’études. Une plus grande égalité hommes-femmes en termes de niveau de formation a un effet très positif sur la croissance économique. Mais il est indispensable d’améliorer la situation des femmes sur le marché du travail pour garantir une croissance économique pérenne.

Même si ce n’est pas l’objectif essentiel, permettre à plus de femmes de travailler, et permettre à celles qui le désirent de travailler plus d’heures et ne plus être en temps partiel « subi » peut avoir des effets positifs sur la croissance économique. Mais  cela suppose d’avoir un système d’aides adapté en matière de service d’accueil des enfants, de flexibilité du temps de travail, de droit à congé parental égalitaires, etc.

Où en sommes-nous aujourd’hui ?

Dans tous les pays, le taux d’emploi des hommes demeure supérieur à celui des femmes, mais l’écart est relativement faible dans les pays nordiques, ou au Canada, ou encore au Portugal, alors qu’il est encore très large dans les pays d’Europe de l’Est et du Sud, ou encore au Japon et en Corée.

En France, les inégalités entre femmes et hommes en matière de taux d’emploi se sont réduites, portée par deux tendances : une croissance du taux d’emploi des femmes (de 50% en 1980 à 62% en 2018) ; et une baisse du taux d’emploi des hommes marquée du début des années 1980s au milieu des années 1990.  

Au-delà des inégalités de taux d’emploi, les inégalités restent fortes en matière de temps de travail et de poste occupé. En moyenne dans les pays de l’OCDE, parmi les salariés, 24% des femmes travaillent à temps partiel (i.e. moins de 30 heures par semaine), et seulement 8% des hommes. En France, ce sont 21% des femmes et 7% des hommes qui travaillent à temps partiel. Le « plafond de verre » demeure important : en France, les femmes représentent presque la moitié de la force de travail, mais seulement un tiers des employés ayant une fonction d’encadrement. Et l’écart de salaire reste considérable : en moyenne dans l’OCDE, les employées travaillant à temps plein gagnent 13.5% de moins que les hommes ; l’écart est, à 10%, plus faible en France, mais toujours trop élévé.

Quel impact sur la croissance ?

Quelle a été la contribution de la hausse du taux d’emploi des femmes à la croissance économique des dernières décennies – avec les autres composantes que sont les évolutions de : la productivité du travail, l’emploi des hommes et la part de la population en âge de travailler ?

En France, la hausse du taux d’emploi des femmes a contribué pour environ 1/6 de la croissance depuis le début des années 1960, alors même que la baisse du taux d’emploi des hommes a eu un effet contraire en réduisant la croissance. Cette contribution de l’emploi des femmes à la croissance a été plus forte encore en Italie, Canada, ou encore en Norvège ou en Islande.

Lorsqu’on regarde le futur, on peut essayer d’estimer les gains en termes de croissance économique si le taux d’emploi des femmes et les heures de travail moyennes convergent au niveau des hommes. Dans tous les pays, la réduction des écarts des taux d’ emploi entre femmes et hommes est porteuse de croissance « potentielle », mais c’est la réduction des écarts des heures de travail qui pourrait avoir l’effet le plus important : en France, l’élimination totale de l’écart d’emploi entre femmes et hommes pourrait accroître la croissance future de 0.4 points par an. En revanche, elle ne serait que de 0.1 point si seulement l’écart de taux d’emploi était comblé sans que soient réduits les écarts d’heures de travail.

Une approche globale pour l’égalité professionnelle est clé pour la croissance

Mais ces gains de croissance ne seront pas acquis automatiquement. Pour réduire fortement et durablement les inégalités femmes-hommes en matière d’emploi et de salaire, il faut une approche politique globale qui améliore la qualité de l’emploi, en favorisant la conciliation entre travail et vie familiale, encourageant les entreprises à développer les formules de travail flexibles et à lutter contre les discrimination sur le lieu de travail, et les politiques éducatives pour lutter contre les stéréotypes sexistes à l’école et le choix des domaines d’études.

De nombreux pays de l’OCDE ont introduit de nouvelles mesures pour réduire les disparités salariales entre les hommes et les femmes. Depuis 2013, environ 2/3 des pays, comme la France, ont introduit des mesures de transparence salariale pour remédier aux inégalités. Les entreprises procèdent généralement à des analyses internes des écarts salariaux entre les sexes et sont priées ou tenues de partager cette information avec les employés, les représentants des employés, les vérificateurs gouvernementaux ou le public. L’exemple de l’Islande est particulièrement intéressant et innovateur :  depuis janvier 2018 une loi demande aux entreprises de 25 employés ou plus de « prouver » tous les trois ans qu’elles paient également les hommes et les femmes pour des emplois de valeur égale. Pour réaliser cette évaluation, les employeurs sont obligés de définir un salaire attaché au poste et non à la personne. Ainsi, c’est à l’employeur de « prouver » qu’il ne discrimine pas, et non plus à l’employé de prouver qu’il est discriminé. Si les entreprises ne sont pas certifiées, une amende quotidienne devra être payée.

D’autres nouvelles stratégies comprennent l’introduction de calculateurs de l’écart de rémunération, qui sont souvent accessibles au public en ligne, ainsi que des certifications pour les entreprises présentant les meilleures pratiques en matière d’égalité de rémunération entre les hommes et les femmes.

Les mesures spécifiques visant l’égalité salariale doivent être intégrées dans un système plus large de politiques sociales qui offrent aux hommes et aux femmes les mêmes possibilités de participer et de progresser sur le marché du travail. Des congés de maternité et de paternité adéquats, l’accès à des services de garde d’enfants de bonne qualité et abordables, ainsi que des efforts visant à promouvoir le recours au congé parental par les pères sont essentiels pour faire en sorte que les femmes puissent s’engager dans un travail rémunéré sur un pied d’égalité. Pour rappel, les pères ne représentent que 5% des bénéficiaires de la prestation de congé parental en France, malgré la réforme du congé en 2015.

Enfin, l’égalité professionnelle passe par une lutte contre les stéréotypes de genre sur le lieu de travail, dans les attributions de poste, les méthodes de management, l’évaluation des employés, ou par la mise en place de formules de travail flexibles. Elle passe également, à l’école, dans l’accompagnement des jeunes filles et garçons en matière d’orientation professionnelle.

Monika Queisser, chef de la division des politiques sociales, OCDE

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