10 December, 2019
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Du vélo à la pin-up

Un exemple d’érotisme patriotique !

Derrière leur sexualité taquine, les pin-up girls racontent comment la guerre, les marchés et la sexualité façonnent la société et les normes.

Sexys et sensuelles (tout en laissant généralement un espace à l’imaginaire), les pin-up font évoquent l’époque de la Seconde Guerre mondiale. En réalité, elles la précèdent. Et bizarrement, c’est grâce au vélo !

A la fin du XIXème siècle, les femmes commencent à enfourcher des deux-roues. Cela signifie plus qu’une  simple réduction du temps de déplacement ; désormais, elles n’ont plus besoin de l’aide d’un homme pour passer d’un point A à un point B.

Mais il y a un problème : l’agencement de la bicyclette ne leur facilite pas vraiment la tâche – elles sont généralement vêtue d’une robe longue. Elles commencent donc à s’habiller avec des pantalons, plus fonctionnels et plus ajustés. Et ces pantalons soulignent inévitablement les formes que leurs jupes dissimulaient autrefois.

Les politiciens et les médecins font alors campagne contre le vélo sous prétexte de « sécurité. » Les femmes, selon ces supposés experts, peuvent endommager leur structure interne fragile. Et puis expérimenter la possibilité de frottements sur le siège – ce qui heurte la bienséance.

En tout état de cause, avec l’abandon des jupons et des jupes longues au profit des bloomers, les créatifs trouvent de nouveaux sujets d’inspiration.

En 1895, Charles Dana Gibson, illustrateur du magazine Life, change pour toujours l’avenir de la représentation féminine. Il crée ce que l’on va appeler les « Gibson Girls ». Des femmes bien dotées, en forme de sablier, avec des lèvres charnues. Il les considère comme « le composite de milliers de filles américaines ». La personnification de l’idéal féminin.

Ces images paraissent dans les pages du magazine Life durant 20 ans et inspirent d’innombrables imitateurs. Pour la première fois aux États-Unis, les hommes ont à portée de main un fantasme féminin facilement accessible.

À la fin des années 1900, l’utilisation du calendrier s’étend à la publicité. La naissance en 1903 de la « fille du calendrier », Cosette, le prouve.

Celle qui va devenir une pin-up familière commence à prendre forme en 1917, pendant la Première Guerre mondiale, lorsque l’administration Wilson créée la Division of Pictorial Publicity. Cette division mobilise tous les médias pour créer une propagande destinée à renforcer l’effort de guerre américain. Le sexe fait vendre, après tout ; et au début du 20e siècle, les États-Unis cherchent à recruter.

À la fin de la guerre, les femmes des années folles ne veulent pas céder la liberté qu’elles ont durement acquise en l’absence de leurs maris. L’époque change, la société s’ouvre.

Les artistes du calendrier suivent et contribuent à façonner ces changements de vêtements et d’attitudes : au fil du temps, la femme pin-up devient beaucoup plus taquine et coquette.

La popularité sans cesse croissante de cette forme d’art se répand inévitablement dans d’autres médiums. Hollywood ne tarde pas à prendre le train en marche ; bientôt, les producteurs de cinéma commencent à utiliser des images sexuellement explicites pour promouvoir leurs films.

Après le succès retentissant de la Division of Pictorial Publicity, il n’est guère surprenant que les efforts de propagande ne fassent qu’augmenter à mesure que les États-Unis participent à la Seconde Guerre mondiale. Cette fois-ci, des pin-ups sont utilisées lors des recrutements, avec des affiches et des calendriers faisant la promotion de l’achat d’obligations de guerre.

Beaucoup considèrent qu’il s’agit de  » l’âge d’or  » de la pin-up, et des milliers d’images sont commandées pour améliorer le moral des soldats lors des combats à l’étranger. Un soldat américain ne va nulle part sans voir une pin-up : épinglées dans des casernes, collées sur les parois des sous-marins ou fourrées dans les poches.

Les soldats de la Seconde Guerre mondiale étaient ainsi accompagnés et protégés par leurs marraines pin-ups !

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