12 November, 2019
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Diplomatie et misogynie…

Où sont les Ambassadrices ?

L’objectif de cet article est de répondre à certaines interrogations concernant les femmes dans la diplomatie. La plupart des études de diplomatie liées au genre sont limitées à chaque ministère des Affaires Etrangères et révèlent peu de choses sur la diplomatie en tant qu’ensemble de pratiques.

Il est nécessaire de se poser la question de savoir si la théorie de genre et de statut existe dans les nominations d’ambassadeurs, les hommes occupant des postes de statut militaire et économique plus élevé que celui des femmes – un peu comme celles trouvés dans d’autres institutions internationales.

Les résultats montrent que les femmes Ambassadrices sont moins susceptibles d’occuper des postes d’Ambassadeurs de haut rang que les hommes. En bref, les schémas de genre, liés au pouvoir et au statut, sont également présents dans les nominations d’ambassadeurs. Aussi la diplomatie internationale doit faire beaucoup plus pour aborder la question de la présence et l’impact du genre dans les relations internationales.

Au cours des deux dernières décennies, un nombre croissant de femmes sont entrées dans le secteur de la diplomatie. Les femmes représentent maintenant 25 à 40% des ambassadeurs de plusieurs États, tels que la Finlande (44%), les Philippines (41%), la Suède (40%), la Norvège (33%), les États-Unis (30%), le Canada (29%), Colombie (28%). Les femmes constituent une part encore plus importante des diplomates… au niveau inférieur. Un certain nombre d’ambassadrices ont à leur tour rapporté que le genre ne fait que très peu de différence dans la pratique diplomatique et la voie à suivre.

Jusqu’à récemment le service diplomatique restait une forteresse patriarcale, en fait l’une des sphères de l’État les plus dominées par les hommes et dans laquelle les femmes ont eu du mal à percer. L’entrée récente d’un plus grand nombre de femmes constitue donc un changement assez spectaculaire dans la composition sexuelle des diplomates. Un large corpus d’œuvres féministes a démontré que, lorsque les femmes entrent dans des domaines dominés par les hommes, des ajustements complexes ont été déclenchés qui ont canalisé les femmes dans certaines positions et les hommes dans d’autres. Un certain nombre d’entre elles sont axées sur la relation entre le sexe et le statut, notant comment la surreprésentation des hommes a tendance à augmenter avec le pouvoir et le prestige des postes.

Si les femmes se retrouvent dans des positions peu favorables et les hommes dans des positions élevées, cela ne reflète pas seulement le genre. Lorsque les femmes assument plus de taches non rémunérées et de responsabilités ménagères que les hommes, cela affecte le nombre d’heures de travail, la capacité de faire des heures supplémentaires, la disposition à prendre certaines responsabilités et d’autres facteurs susceptibles d’influencer l’avancement professionnel. Une répartition inégale des responsabilités familiales peut conduire à la faible représentation de diplomates de sexe féminin, ayant plus de difficultés à accéder aux postes d’ambassadeurs en général et aux plus prestigieux en particulier. Il est tout à fait révélateur qu’un nombre disproportionné de femmes ambassadrices et de grandes diplomates semblent poursuivre leur carrière en tant que célibataires sans enfants.

Il est intéressant de noter que les ambassadrices de sexe féminin sont plus souvent nommées à des postes multi taches que leurs homologues masculins (31% des femmes contre 26% des hommes). Cela signifie qu’il est plus commun que les ambassadrices soient responsables de plusieurs petites ambassades dans des pays à « statut inférieur » qui ne sont pas considérés comme nécessitant une représentation à temps plein. Cela signifie que les femmes sont plus souvent envoyées à des postes moins prestigieux que leurs homologues masculins.

La conclusion est que les femmes sont clairement sous-représentées dans les nominations d’ambassadrices, partout dans le monde. En effet, les femmes n’occupent que 15% des postes les plus importants. Il y a des différences régionales toutefois. Les pays nordiques se distinguent comme ceux qui nomment le plus de femmes ambassadeurs (35%), une proportion qui contraste fortement avec le statut de femme Ambassadeurs au Moyen-Orient (6%) et en Asie (10%). Plusieurs pays des deux dernières régions (Arabie saoudite, Qatar, Kazakhstan, Iran, Afrique du Sud et Corée du Nord) ne nomment aucune femme.

Cependant, il faut noter qu’il existe des exceptions à ce schéma régional général ; 17% des Ambassadeurs d’Israël sont des femmes, par exemple, tout comme 41% aux Philippines. Les Philippines désignent donc presque autant d’Ambassadrices que la Finlande (44%) et près de deux fois plus que le Danemark (22%), alors que la Russie ne nomme quasiment pas de femmes (1%), l’Afrique du Sud (27%), la Colombie (28%) et la France (29%) d’ambassadrices.

Ainsi les hommes occupent 85% des postes d’ambassadeurs, et en particulier les plus prestigieux et il y a peu de raisons de douter que la communauté diplomatique continue de reproduire ce lien prédominant entre les hommes et le pouvoir.

Et en France, saviez-vous que le Quai d’Orsay a été mis à l’amende pour non-respect des quotas de femmes ?

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