27 February, 2020
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Consentement et éducation

Comment inculquer la notion de consentement à son enfant

Qu’est-ce que le consentement ?

Le consentement est le fait de donner son accord à une action ou à un projet, de lui donner son assentiment.

Celui qui consent n’est pas à l’initiative de l’action, mais il accepte pour autant pleinement d’y participer.

Le consentement est donc bien un choix, une décision à part entière. En cela :

  • consentir c’est réfléchir : est-ce que j’accepte ceci ? Suis-je d’accord pour cela ?
  • consentir c’est s’exprimer, par une approbation expresse, qui peut être verbale ou non verbale.

Contrairement aux idées reçues, un consentement n’est pas passif mais actif.

Comme tout choix, le consentement doit être libre et éclairé. Il est ainsi l’expression du libre arbitre de chacun, de sa capacité à agir et à assumer les conséquences de ses actes. C’est en cela, aussi, qu’il est fondamental chez l’enfant comme chez l’adulte, car il est profondément lié à l’autonomie : savoir décider, c’est pouvoir assumer et donc mieux se responsabiliser. 

Le consentement est dès lors une notion qui doit être intégrée le plus tôt possible, dès le plus jeune âge.

Comment inculquer la notion de consentement à son enfant ?

Dans un rôle éducationnel, c’est d’abord au parent de choisir le bon moment pour en discuter avec son enfant. L’enfant doit être disponible, il doit être dans un climat de confiance et se sentir à l’aise pour échanger. C’est pour cela que l’adulte doit aborder ce sujet avec des mots simples, sans gêne, ni tabou. Il est important de la part du parent de pouvoir adapter son vocabulaire à chaque tranche d’âge, en citant des exemples concrets pour que l’enfant puisse bien comprendre.

Si l’adulte est embarrassé d’en parler, soit par ses mots choisis (hésitations, bégaiement) ou par son comportement non verbal (mimiques, regards fuyants), l’enfant va le ressentir immédiatement. Ainsi, s’il n’est pas vraiment à l’aise pour en parler avec son enfant, l’adulte peut parfaitement demander à un proche de le faire (une sœur, un oncle, une grand-mère, un parrain ou même un médecin, etc.).

Il existe aussi de nombreux supports (affiches, livres, vidéos…) pour aborder le sujet avec plus de facilité (une illustration permet ainsi à l’enfant de mieux comprendre les situations).

Il est primordial d’échanger avec son enfant, garçon ou fille, afin qu’il puisse bien prendre conscience de son corps et de l’importance de décider par lui-même et pour lui-même. C’est-à-dire que son corps lui appartient, à lui et à personne d’autre, et que ces décisions viennent de lui. C’est SON corps et ce sont SES choix. Ainsi l’estime de soi se construit et l’enfant se protège par lui-même.

Cela commence tout petit : « c’est Ton genou, c’est Ta bouche, c’est Ta main, … » pour que le tout petit puisse avoir cette notion de possession de son corps et de ses pensées.

Le consentement : un respect mutuel

Le parent pourra encourager son enfant à se questionner sur son propre accord, afin qu’il réussisse à se questionner par lui-même : « Suis-je d’accord ? ou en désaccord ? » Et qu’il puisse ainsi se mettre à la place de l’Autre pour comprendre son accord ou non-accord et le respecter.

« Est-il d’accord pour un câlin ? » Si l’enfant n’est pas d’accord, il faut le respecter. Le respecter, c’est accorder de l’importance à ses propres limites, le cadre qu’il s’est fixé, mais qui évolue en fonction des circonstances et de ses envies. Si un enfant est d’accord pour un bisou, il ne le sera peut-être plus deux heures plus tard. Un « oui » n’est pas un oui définitif.

Savoir dire NON, un non affirmé, c’est savoir se protéger, et poser ses propres limites (de manière tout à fait subjective).

Ne pas accepter quelque chose qui nous contraint, c’est se protéger : « Je décide de me protéger en disant un Non ». Mais il faut que ce soit mutuel, c’est-à-dire écouter le « non » des autres et surtout savoir le respecter sans insister.

Un simple jeu peut tout à fait être mal vécu par l’enfant : des chatouilles trop insistantes, des jeux de recréations comme « attrape bisous », où il faut courir après un camarade et l’attraper pour l’embrasser. Dans cette situation, on peut forcer un enfant sans son autorisation, sans son consenti à recevoir un bisou. Le rôle de l’adulte est primordial pour veiller à ce que chacun puisse interagir dans la bienveillance et le respect de l’autre.

Le consentement en grandissant

Tout petit, l’enfant va se questionner sur son propre corps et sur son intimé. Il va développer une curiosité sur le corps des autres et notamment de l’autre sexe (celui qu’il ne possède pas). Par cet éveil sexuel, il peut donc tout à fait observer son corps et vouloir explorer le corps des autres sans avoir conscience de faire quelque chose de mal et potentiellement de nuire à l’autre. L’adulte a un rôle majeur dans cette éducation en expliquant à l’enfant de ne pas porter atteinte à l’intégrité de l’autre.

Il est conseillé d’inviter l’enfant à exprimer son ressenti : « je n’ai pas aimé ce jeu ou cette situation, parce que… ». L’adulte a pour rôle d’ouvrir et d’accueillir la communication de l’enfant.

Plus l’enfant va grandir, plus il va s’exposer à des risques : des désirs à l’adolescence, la puberté, des risques de harcèlement, de violences, de dérives sexuelles, etc. Le parent doit axer son discours sur l’importance de la responsabilité de chacun en ce qui concerne les désirs vis-à-vis de l’Autre. Un partenaire qui ne dit rien n’est pas forcement en accord, il faut lui demander son accord, son autorisation.

Toujours se respecter, respecter son corps, et respecter le consentement de l’autre. Le consentement touche tout le monde, petits et grands, il ne faut pas attendre pour en discuter.

Maïté Tranzer, psychologue clinicienne

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