16 December, 2019
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Connaissez-vous Yayoi Kusama ?

Celle que l’on surnomme « La femme aux petits pois ». Ou l’histoire d’un conte de fées contemporain aigre-doux. L’histoire de la lutte d’une femme dans le monde de l’art.

Comme Vincent van Gogh, Yayoi Kusama a eu du mal à se faire reconnaître comme artiste pendant des années alors qu’elle luttait contre des problèmes de santé mentale. Cependant, contrairement à Van Gogh, qui s’est suicidé à l’âge de 37 ans, ignorant qu’il serait un jour reconnu comme l’un des peintres les plus influents de l’histoire de l’art occidental, l’histoire de Kusama se termine de façon éclatante, de son vivant. Elle passera des dizaines d’années à lutter contre la censure sociale, le sexisme et le racisme pour devenir la femme artiste la plus vendue au monde.

Kusama nait en 1929 dans la ville japonaise conservatrice de Matsumoto. Son enfance est gâchée par les horreurs de la Seconde Guerre mondiale et par le malheureux mariage de ses parents. A l’âge de 10 ans, elle se passionne pour le dessin mais ses parents la découragent à poursuivre.

Après une enfance malheureuse, elle passe quinze ans à New York, de 1957 à 1973, où elle tente de se faire un nom sur la scène artistique avant-gardiste américaine. La jeune Kusama est victime de discrimination sur deux fronts, en tant que femme et en tant qu’artiste japonaise qui cherche à réaliser une carrière dans l’Amérique de l’après-guerre.

Ses idées novatrices attirent peu l’attention jusqu’à ce qu’elles soient remarquées par des artistes américains de renom, blancs, tels que Claes Oldenburg, Lucas Samaras ou Andy Warhol, qui s’approprient des éléments de son œuvre et les utilisent dans leurs propres expositions.

Kusama, quant à elle, devient célèbre pour ses représentations publiques controversées et ses manifestations contre la guerre du Vietnam. En 1973, après une tentative de suicide, elle rentre au Japon et, en 1977, s’installe à l’hôpital psychiatrique de Tokyo où elle vit encore aujourd’hui.

Dès son plus jeune âge, elle  commence à créer des peintures et des sculptures caractérisées par des motifs répétés, notamment des pois et des filets, et lorsqu’elle évoque cette expérience, elle parle d’un sentiment d ‘« oblitération de soi ».

Ces dernières années, ses installations immersives contribuent à la propulser sur la scène internationale. Le travail de Kusama était en avance sur son temps dans les années 1960. Aujourd’hui, il est devenu une attraction parfaite à l’ère des médias sociaux.

L’artiste parle avec émotion de l’aspect thérapeutique de son processus. « Mon travail est basé sur le développement de mes problèmes psychologiques en art », dit-elle. « L’accumulation est le résultat de mon obsession, et cette philosophie est le thème principal de mon art. L’accumulation signifie que les étoiles dans l’univers n’existent pas par elles-mêmes, pas plus que la Terre n’existe par elle-même. C’est comme quand j’ai vu des fleurs, j’ai vu des fleurs partout… et quand je les ai chassées, je me suis sentie paniquée et tellement bouleversée que j’ai eu envie de toutes les manger. »

L’histoire de Kusama repose sur deux événements cruciaux. Le premier est sa décision de participer, sans y être invitée, à la Biennale de Venise en 1966. Kusama a créé une installation non autorisée de 1 500 boules de verre avec miroir devant le pavillon italien. Intitulée « Narcissus Garden », l’installation est à la fois un moyen de capter l’attention des médias et une critique subversive de la marchandisation de l’art. Kusama vend les balles aux passants pour 2 dollars chacune, jusqu’à ce qu’on lui demande de plier bagage.

Incroyablement, près de 30 ans plus tard, après des décennies d’obscurité, elle est invitée à la Biennale en 1993, où elle sera la première femme à organiser une exposition solo au pavillon japonais.

Et selon Heather Menz, réalisatrice d’un documentaire sur Kasuma « infinity » : « Une des choses qui m’a surprise chez Kusama est que chaque fois que je l’ai interrogée, elle a toujours voulu parler de la paix dans le monde. C’est quelque chose de très important pour elle et je pense que cela remonte à sa petite enfance et au fait que c’était si sombre », dit-elle. « Il était important pour moi d’inclure ce traumatisme d’enfance que Kusama a subi à cause de la guerre », déclare Lenz. « Pendant de nombreuses années, j’ai eu le sentiment que la bombe atomique était une histoire ancienne, mais malheureusement, avec la façon dont le monde évolue, je sens que les gens doivent réellement se préoccuper de nouveau de la guerre atomique. »

Le documentaire  « Infinity » se termine par une citation de l’artiste, assise dans son atelier, entourée de peintures qui lui ont finalement valu la reconnaissance internationale qu’elle méritait depuis tant de décennies. À 90 ans, elle n’a qu’un seul souhait:  » J’espère que le pouvoir de l’art pourra rendre le monde plus pacifique « .

Et selon vous, l’art rend il le monde plus pacifique?

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