18 November, 2019
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Colette, championne du sexe et de la débauche

Une vie, un parcours et une œuvre aventureuse.

Trois maris mais jamais monogame, bisexuelle, « cougar », danseuse de music-hall, journaliste, Colette fit scandale et fut une pionnière de ce que l’on appelle aujourd’hui « l’autofiction ». Tous ses romans parlent de sa propre vie.

Sidonie-Gabrielle Colette nait en 1873 dans l’Yonne. Dans sa famille, elle est à bonne école. Sa mère, « Sido », féministe et athée, lui décrit le mariage comme un « crime odieux » et l’encourage à se différencier.

Adolescente, elle rencontre Henry Gauthier-Villars, surnommé Willy, qui deviendra son premier mari. Elle a vingt ans. Lui est un homme à femmes, auteur de romans populaires, qui n’hésite pas à faire appel à des nègres. En 1895, il l’encourage à écrire ses souvenirs. Ce sera la série des « Claudine », dans lesquels on retrouve de nombreuses femmes bisexuelles : « Claudine à l’école », Claudine à Paris », « Claudine en ménage », « Claudine s’en va ». Elle écrit, il signe « Colette Willy », jusqu’à leur divorce en 1906.

Pour gagner sa vie, elle se lance alors dans une carrière de music-hall. Elle présente des pantomimes en tenue très légères (la Préfecture de police interdira l’un de ses spectacles où elle se présente nue sous une peau de panthère). Elle se produit au théâtre Marigny, au Moulin-Rouge, au Bataclan. Ce sont des années de scandale et de libération morale. Elle vit plusieurs relations homosexuelles, notamment avec Mathilde de Morny (Missy), fille du duc de Morny, ou Natalie Barney, dite « l’Amazone ».

En 1912, elle épouse Henry de Jouvenel, homme politique et journaliste, qui lui propose d’écrire au « Matin », dont il est le rédacteur en chef. Elle aura un seul enfant, avec lui. A quarante ans, femme trompée, elle entame une longue relation avec le fils de son mari, Bertrand de Jouvenel, qui a 16 ans. Elle écrit « Le Blé en herbe » et « Chéri », deux romans dans lesquels des femmes d’âge mûr ont des liaisons avec des jeunes gens.

Elle rencontre son troisième mari, Maurice Goudeket, en 1925. Bien qu’elle conserve de nombreux amants, il l’accepte et lui reste fidèle. Elle le considère comme son « meilleur ami ». Maurice, juif, est arrêté par la Gestapo au cours de la Seconde guerre mondiale. Elle obtiendra sa libération en harcelant sept semaines durant l’épouse de l’ambassadeur d’Allemagne.

En 1932, elle publie « Le Pur et l’impur » (d’abord paru sous le titre « Ces plaisirs… »), une chronique de la vie amoureuse de marginaux sociaux décadents, avec un playboy dominateur, une opiomane, une lesbienne se travestissant et un jeune alcoolique. Comme le souligne la critique Judith Thurman, ce roman, comme la plupart des œuvres de Colette, raconte des histoires de relations non conventionnelles dans lesquelles l’amour est à craindre et le sexe à révérer.

Le désir d’indépendance sexuelle de Colette est profond ; bien qu’elle se soit mariée trois fois, elle n’a jamais eu de relations monogames et a multiplié d’innombrables flirts avec des membres des deux sexes. Malgré la réputation de glamour de Paris au début du siècle, l’homophobie et le sexisme sont encore monnaie courante en dehors des cercles des avant-gardes intellectuelles.

En 1945, Colette est la deuxième femme à être élue – à l’unanimité – membre de l’Académie Goncourt, dont elle deviendra la présidente en 1949.

Elle meurt en 1954 et sera la première femme française à recevoir des funérailles nationales.

Colette était-elle féministe et consciente de l’être à défaut de le revendiquer ?

Elle a dit un jour :

  • « Moi, féministe ?Oui… au point de vue… social, naturellement.
  • Ah ! non ! Les suffragettes me dégoûtent. Et si quelques femmes en France s’avisent de les imiter, j’espère qu’on leur fera comprendre que ces mœurs-là n’ont pas cours en France. Savez-vous ce qu’elles méritent, les suffragettes ? Le fouet et le harem…

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