18 November, 2019
HomeOn InformeArtsCoco Chanel, un parfum de trahison…

Coco Chanel, un parfum de trahison…

Coco, l’agent nazi F-7124 Westminster.

Grâce à la création de la petite robe noire, de ses tailleurs iconiques et de son parfum « N° 5 », Coco Chanel est unanimement reconnue pour avoir transformé les goûts vestimentaires de la femme moderne du XXe siècle. Elle incarne le chic à la française.

Cependant, la mise à disposition de documents déclassifiés, par le gouvernement français, révèle son travail secret pour le renseignement militaire nazi durant la Seconde Guerre mondiale.

Chanel (Gabrielle Chasnel) grandit dans la pauvreté mais elle va rapidement gravir les échelons de la société.

Née dans le dénuement en 1883 et envoyée à l’âge de 12 ans dans un couvent-orphelinat, elle surmonte ses débuts difficiles avant de lancer ses tenues visionnaires pour les femmes avant la Première Guerre mondiale.

Son ascension fulgurante la propulse dans la stratosphère des personnalités les plus puissantes et les plus influentes d’Europe. Elle côtoie Pablo Picasso, Serge Diaghilev, se lie d’amitié avec Winston Churchill et deviendra la maîtresse de Hugh Richard Arthur Grosvenor, duc de Westminster.

Sa notoriété et ses relations l’aident à prendre le contrôle de sa vie à un moment crucial, alors que les forces d’Adolf Hitler commencent à se rapprocher de ses voisins à la fin des années trente.

Chanel rencontre un officier allemand

Après la prise de Paris par les nazis en 1940, Chanel collabore avec le Baron Hans Günther von Dincklage, officier du renseignement militaire allemand (Abwehr). Leur relation permet à Chanel de s’installer dans les suites luxueuses de l’Hôtel Ritz place Vendôme et ainsi de se maintenir fermement enracinée dans la haute société infiltrée par des officiers allemands.

Les relations de Chanel avec Dincklage lui permettent également de tenter de régler d’importantes questions personnelles. La plus pressante étant de faire libérer son neveu André Palasse, emprisonné dans un stalag allemand en 1940.

Il y a ensuite ses intérêts commerciaux. Depuis 1924, la famille juive Wertheimer soutient sa ligne de parfums en échange de la plupart des bénéfices. La créatrice de mode avait cherché à renégocier le contrat à des conditions plus favorables, sans y parvenir. Maintenant, avec les lois « d’aryanisation », obligeant les Juifs à abandonner leurs activités, Chanel saisit l’opportunité de récupérer une branche lucrative de son empire.

Chanel devient l’agent Abwehr F-7124 en 1941

Dincklage présente sa maitresse à un autre agent important de l’Abwehr, le Baron Louis de Vaufreland, qui promet d’aider Chanel à libérer son neveu… en échange de ses services. En 1941, Chanel est enregistrée en tant qu’agent F-7124, sous le nom de code « Westminster », en référence à son ancienne flamme.

Chargée d’obtenir des « informations politiques » à Madrid, Chanel se rend dans la ville espagnole pendant quelques mois en 1941 avec Vaufreland, sous le prétexte de relations commerciales. Dans son ouvrage « Sleeping with the Enemy »(« Au lit avec l’ennemi, la guerre secrète de Coco Chanel »), Vaughan de Hal relate un dîner avec le diplomate britannique Brian Wallace, au cours duquel elle raconte avec désinvolture la vie dans Paris occupé et l’animosité des Français vis à vis des Allemands.

Les activités de Chanel à Madrid ont dû apporter toute satisfaction à ses supérieurs de l’Abwehr : elle obtiendra la libération de son neveu Palasse.

Cependant, ses tentatives pour récupérer les bénéfices de ses parfums vont aboutir à une impasse. Les Wertheimer transfèrent le contrôle de la société à un Français non-juif du nom de Félix Amiot, qui prendra la poudre d’escampette aux États-Unis.

Elle est dénoncée comme espionne allemande en 1944

Entre fin 1943 et début 1944, alors que le vent tourne pour l’Allemagne, Chanel est sollicitée pour une autre mission par le général Walter Schellenberg de la SS. Nommée « Operation Modelhut » (”chapeau de couture”), elle doit utiliser ses liens personnels avec Churchill, premier ministre anglais, pour faire savoir que de nombreux officiers supérieurs SS cherchent à mettre fin à l’effusion de sang.

Aussi Chanel organise-t-elle la libération de Vera Lombardi, une amie commune de Churchill, d’une prison italienne. Laquelle se rend à Madrid avec Dincklage, où Lombardi est chargée de remettre la lettre de Chanel à Churchill à l’ambassade britannique.

Cependant, le plan vole en éclats lorsque Lombardi dénonce Chanel et ses associés comme des espions allemands. Lombardi est alors réincarcérée et Chanel réussit à rentrer à Paris en toute sécurité.

Chanel échappe à toute punition et efface la preuve de ses actes qui la rattachent à l’Abwehr.

Après-guerre, Chanel comparait devant un tribunal français pour s’expliquer. Des officiers allemands arrêtés ont en effet dénoncé ses liens avec l’Abwehr. Elle réussit à se sortir de ce pétrin. Elle confirme que Vaufreland a promis de sortir son neveu de prison mais nie l’ampleur de ses activités.

Selon « Sleeping with the Enemy », Chanel a également pris soin d’effacer toutes les preuves de sa collaboration, dans la mesure du possible. Lorsqu’elle apprend que Schellenberg, malade, envisage de publier ses Mémoires, Chanel règle ses factures médicales et veille à ce que sa famille ne vive pas dans le besoin. Ainsi dans ses Mémoires, Schellenberg ne mentionnera pas son implication en tant qu’agent nazi…

En fin de compte, Gabrielle Chanel ne subira jamais de représailles pour ses relations avec les Nazis pendant la guerre. Elle fait un retour flamboyant dans le monde de la mode en 1954, aidée par la même famille Wertheimer avec laquelle elle s’était battue pendant tant d’années, et vécut ses années de célébrité avant sa mort à l’hôtel Ritz en 1971.

Le ”cygne noir” garde encore sa part d’ombre.

Share

Rejoignez la Lettre des Femmes !