7 December, 2019
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Brigitte Macron en drôle de dame !

Un subversif silence se cacherait-t-il derrière son sourire ?

Elle était là, sur la pelouse de la Maison Blanche, perchée sur des talons aussi minces que des piquets de tente tandis que son mari pelletait la terre avec Donald Trump. Et lors d’un voyage en Chine, dans une veste écarlate avec des boutons de style militaire, tenant le bras de son mari. Et de nouveau à Saint-Pétersbourg, à ses côtés vêtue d’une robe noire sobre et d’un trench-coat crème, tandis que le président parlait à Vladimir Poutine. « On est là, sans être là, tout en étant là », souligne l’ancienne professeure de littérature française à propos de son rôle de première dame française.  » C’est très étrange. « 

Improbable parcours que celui de Brigitte Macron. Une institutrice bourgeoise d’un lycée jésuite d’Amiens, mariée à un banquier et mère de trois enfants, s’éprend d’un élève de sa classe de théâtre. Elle a 40 ans, il en a 15. Malaise. Spéculations sans fin et rumeurs malveillantes. Scandale familial. Il est banni à Paris pour finir ses études et commence son ascension. Mais l’amour est plus fort. Ils assument leur différence d’âge et se marient en 2007.

Née dans les années 50, Brigitte Macron est une frondeuse. Elle appartient à une génération de femmes françaises qui cherche à s’émanciper. A l’époque en France c’est Bardot, c’est le bikini, les prémices de la libération de la femme, et en même temps une théorie féministe pionnière : l’essai anticonformiste et existentialiste de Simone de Beauvoir, référence majeure, « Le Deuxième Sexe », publié en 1949, qui fait l’effet d’une bombe.

2017 : la France a fait du chemin. Elle élit un homme dont l’épouse a 24 ans de plus que lui.

Les Français ont fini par accepter cette relation inhabituelle et même la respecter. Plus important encore, pour de nombreuses femmes françaises, elle constitue un antidote aux codes sociaux et politiques patriarcaux qui rendaient depuis longtemps acceptable le fait que les hommes politiques français soient accompagnés de femmes de la moitié de leur âge, mais non l’inverse. Après tout, l’écart d’âge entre les Macron est identique à celui qui existe entre Donald et Melania Trump et n’est guère supérieur aux 18 ans qui séparent François Hollande de Julie Gayet. « Elle a fait de cet écart d’âge une force », dit Philippe Besson.

Et l’écrivain d’ajouter : « Soudain, une femme de plus de 60 ans n’a plus été condamnée à l’invisibilité. »

Une femme à l’esprit indépendant, qui n’est, comme elle le dit, « pas un pot de fleurs ».

Mais Brigitte Macron a dû s’adapter à exister dans l’ombre de son mari. Visible et scrutée, elle reste silencieuse. Depuis son arrivée au Palais de l’Elysée, elle s’est très peu exprimée en public sur son rôle. « Je ne me sens pas comme une première dame », répondait-elle au magazine Elle l’année dernière, considérant le terme comme étant simplement « la traduction d’une expression américaine ». Elle comprend les limites de sa légitimité : « Les Français ont élu Emmanuel, pas moi. »

Pourtant, bien que la première dame française ait été progressiste, elle reste particulièrement discrète sur la question du sexisme dont sont victimes les femmes aujourd’hui.

Certains suggèrent que Brigitte Macron est devenue une sorte de modèle féminin contemporain. Marlène Schiappa, ancienne blogueuse féministe qui occupe actuellement le poste de ministre adjointe à l’égalité au sein du gouvernement d’Emmanuel Macron, l’a même comparée à Simone de Beauvoir. Pourtant, les quelques commentaires de Brigitte Macron sur les droits des femmes sont étonnamment banals. « Je pense que le XXIème siècle sera féminin, que ce seront les femmes qui trouveront peut-être un moyen de sortir de ce monde », dit-elle. « Si c’est être féministe, alors je le suis, mais les hommes ne sont pas contre. »

Cette distinction semble refléter les limites auxquelles elle est prête à pousser son point de vue. Brigitte Macron a contribué à façonner l’agenda féministe de son mari. Il a déclaré l’année dernière que la France était « malade de sexisme ». Cependant, sa femme s’est abstenue de commenter publiquement des questions plus délicates telles que le mouvement # MeToo. Alors que les révélations sur Hollywood atteignaient la France sous le hashtag  #BalanceTonPorc, elle a seulement déclaré : « Je suis très heureuse que les femmes parlent. Peut-être que ce sera une bénédiction déguisée. » Elle est depuis restée silencieuse. Un demi-siècle après le soulèvement de mai 1968, les femmes poursuivent aujourd’hui certains combats menés par leurs grand-mères. Une jeune génération de femmes françaises ne tolére pas ce que Brigitte Bardot considère comme une partie charmante de la culture française. L’année dernière, 16 400 viols ont été signalés et les agressions sexuelles ont augmenté de 10%. La maire de Paris, Anne Hidalgo, a récemment lancé une campagne de sensibilisation contre le harcèlement avec le slogan « Ma jupe n’est pas une invitation.» Des applications françaises ont vu le jour. Les témoins d’agressions peuvent les utiliser pour dénoncer un comportement inapproprié. Des centaines de milliers de personnes se sont ralliées à #BalanceTonPorc.

Brigitte. Scandaleuse et discrète. Insoumise et silencieuse. Macronienne à sa façon.

Alors, pensez-vous que Brigitte « fait le job ? »

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