10 December, 2019
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Aujourd’hui, j’achète un maillot de bain…

La cabine d’essayage (qui sent la chaussette sale) est éclairée par un néon…

Aaaargh, l’épreuve de l’essayage d’un maillot de bain dans une boutique, quand on est couleur lavabo (quand on n’a pas la peau mate), qu’on a emmagasiné des kilos pendant l’hiver, que notre cellulite nous apparaît comme par magie dans la glace (et bing, c’est à cet instant qu’on réalise qu’on a de la cellulite). Ch’ais pas pourquoi, mais chez-soi, on la voit moins bien cette *¨°°** de cellulite. La faute à l’hiver et au printemps pluvieux, ben oui, on adore se camoufler sous de gros pulls et pantalons larges, donc on ne voit rien…

Mais l’épreuve devient insoutennable quand la cabine d’essayage (qui sent la chaussette sale) est éclairée par un néon… et ce moment, c’est… AU SECOURS !!!

Voilà pourquoi, chaque saison avant de partir en vacances d’été, on repousse cet acte déprimant : acheter un maillot de bain.

Quand on a vingt ans, c’est cool, tout nous va. Trente : ça commence à devenir pénible, alors je ne vous raconte pas quand on dépasse la quarantaine et qu’on flirte avec les dizaines suivantes… c’est un vrai supplice.

Mais à un moment ou un autre, faut y aller, car votre maillot, qui vient de faire trois saisons, commence à ne plus avoir de formes…

Oui, et vous aussi, vous commencez à ne plus avoir de formes à force d’apéros Mojitos et de tablettes de chocolats avalées par coup de blues (car vous venez de vous apercevoir que trois kilos se sont greffés, on ne sait pas comment, sur votre ventre et vos cuisses), et comme ces trois kilos vous dépriment, vous avez besoin d’un anti-dépresseur… alors, hop, un petit carré de chocolat (il parait que c’est bon pour le moral, ça excite notre sérotonine, l’hormone du bonheur)… et la tablette y passe, d’une manière incontrôlable. Le cercle infernal avant  “ l’essayage maillot de bains ”.

Si si, dans la vraie vie, c’est comme ça que ça se passe !

Sur Instagram et sur Facebook, vos “ soit-disant amies ” qui inondent les réseaux sociaux avec leurs photos prises en maillot sur des plages de rêve avec ces commentaires : “ Waouh, canon la fille ! T’es trop belle ma chérie ! T’as encore un corps de rêve à ton âge !… et j’en passe des : Waouh ! Yeah ! Classe ! Bombass ! Amaziiiing ! So cute ! ”  Gnagnagnagnaaaa… So énervant, oui !!!  Pfff, sûrement que ces filles là (qui ne sont que vos amies virtuelles), ont mis un filtre, fait une retouche photoshop ou se sont commandé une liposuccion avant de partir. Moi, je vous avoue, ça me fait mal à la cellulite de leur mettre un like.

Oui, ça m’énerve, car je suis une fille normale avec des petits bourrelets si bien installés sur mon corps qu’ils ne veulent plus partir. J’ai beau tout faire pour les chasser… rien n’y fait. Je transpire dans une salle de sport, je déjeune d’une salade et trois amandes. Parfois je me dis : “ Cool, j’ai perdu 200 grammes aujourd’hui, je vais pouvoir aller essayer des maillots la semaine prochaine…”  Et je repousse l’échéance.

Note : Pas besoin de vous dire que je ne vais jamais à la piscine, car il faut se mettre en maillot !!! Ha ha ha ! Et puis, ça pue le chlore et les vieilles tongues la piscine.

Et arrive le moment où je me jette à l’eau, direction le rayon : “ Maillots de bains pour être belle sur la plage ”… Mais quand je me retrouve à choisir quel maillot je vais acheter, je perds tous mes moyens. Je nage dans le stress.

En premier : je passe (en injuriant, mentalement, les filles qui ont un corps de rêve sans faire de régime) devant les maillots deux-pièces. J’ai même pas envie d’en essayer un… Pour déprimer encore plus ? Non, pas la peine de se faire du mal. Alors, je me dirige en grommelant, verte de jalousie, vers les maillots une pièce.

Je passe, sans jeter un coup d’oeil, devant le rayon maillot-mémé, faut pas pousser non plus…

Rayon maillots une-pièce, j’y suis, j’y reste… mais je n’arrive jamais à me décider. Alors, je cueille par-ci, par-là, des pièces qui m’ont l’air sympa. Avec de jolis imprimés et des maillots de couleur noire qui “ normalement ” devraient m’aller comme un gant…  le noir, ça camoufle les imperfections.

Une fois ma cueillette effectuée, je rentre dans la cabine et là… après le quinzième essayage, je commence à transpirer, déprimer, suinter, jurer comme si je venais de choper la maladie de la Tourette.

Je ressors alors (avec une humeur de dogue), en ouvrant violemment le rideau de la cabine, et je prends un réel plaisir à balancer les maillots qui ne me vont pas dans le rayon (et AUCUN maillot ne me va… aaaarrfffff !) Ça leur apprendra à faire des maillots mal coupés. C’est de leur faute ! (Oui je sais, je suis de mauvaise foi.)

Le moral en berne, niveau de dépression au plus bas, l’oeil qui signifie : “ T’as pas intérêt à me parler car je t’en colle une ! ”, je me dirige, par dépit, vers le rayon paréos. J’en achète deux ou trois… qui serviront à camoufler mes imperfections sur mon vieux maillot que je porte chaque été.

Et c’est comme ça tous les ans !

A moins que j’aille cet été dans un camp de nudistes, comme ça… j’aurai pas besoin de maillot…

Véronique Grisseaux , scénariste

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