7 December, 2019
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Attention, les sorcières rappliquent !

Depuis quelques années, cette figure féminine venue du Moyen Age, qui symbolise la femme terrifiante, revient en force.

La sorcellerie est devenue une proclamation politique, alimentée par des mouvements tels que #MeToo et #balancetonporc.

Aujourd’hui, être sorcière signifie revendiquer l’indépendance et le pouvoir – ce qui, il y a quelques siècles à peine, pouvait mener à une condamnation à mort. « Une sorcière est une femme qui existe par elle-même et pour elle-même », déclare Mona Chollet dans un podcast féministe. Mona Chollet, journaliste au Monde diplomatique, a récemment écrit un essai « Sorcières : La puissance invaincue des femmes », un appel à la sorcellerie créative comme moyen de les responsabiliser, quel que soit leur âge. A ses yeux, devenir une sorcière, c’est affirmer, sans crainte ni ambiguïté, à quel point le monde, vu par les femmes, diffère de celui qui nous est vendu tous les jours. La sorcellerie, dans son sens le plus pur, ne nécessite aucune connaissance des herbes médicinales, des cartes de tarot, des sorts ou des cristaux – bien que ceux-ci puissent être amusants et soient utilisés par de nombreuses sorcières comme moyen d’investigation psychologique et de guérison.


Les sorcières françaises renaissent, sortent des ténèbres, du secret et de la solitude pour défiler dans la rue et apparaître dans les médias. Autrefois redoutée et, plus récemment, dédaignée, cette « magie » est maintenant considérée par certains comme un outil politique permettant de susciter des protestations créatives.

Vous avez peut-être vu sur Instagram ou lors d’une manifestation féminine : « Nous sommes les petites-filles des sorcières qui n’ont pas été brûlées ». Pour certaines, sorcière et féministe sont devenues synonymes.

Les Anglais brûlèrent trois fois le corps de Jeanne d’Arc avant de jeter ses restes dans la Seine. En 1867, coup de théâtre, un bocal d’apothicaire est trouvé dans le grenier d’une pharmacie rue du Temple, à Paris. Sur le couvercle, en lettres cursives, l’inscription suivante : Restes trouvés sous le bûcher de Jeanne d’Arc pucelle d’Orléans. A l’intérieur : une côte humaine noircie, un fémur de chat et un fragment d’étoffe. Comme sortis d’un chaudron de sorcière.

Pendant des décennies, le bocal a rassemblé des visiteurs venus voir les reliques de la femme qui a sauvé la France des Anglais, celle qui allait devenir le sujet de l’un des poèmes les plus célèbres de Voltaire, « La Pucelle d’Orléans » – une œuvre qui fut interdite et même brûlée.

En 1803, Napoléon déclara Jeanne d’Arc symbole de la France ; en 1920, l’Église catholique l’a béatifiée puis canonisée. Ce n’est qu’en 2007 qu’une équipe de chercheurs internationaux a pu utiliser des tests ADN pour déterminer si le contenu du bocal appartenait à l’héroïne française. Déception et stupeur : ces restes provenaient d’une momie égyptienne. Sans doute une une bonne blague de laborantins du XIXème qui se seraient servi dans un cabinet de curiosités ou dans la réserve d’apothicaires qui, au Moyen-Age, incluaient des fragments de mummia dans leur pharmacopée.

Pendant des siècles, les femmes d’Europe et des États-Unis ont été victimes de chasses aux sorcières : entre 50 000 et 100 000 personnes, dont 85% de femmes, ont été reconnues coupables de sorcellerie.

Les sorcières peuvent être brûlées, mais leurs cendres laissent des légendes. Laissez cette légende intacte dans la Seine pendant plusieurs centaines d’années, ajoutez juste ce qu’il faut de patriarcat et lancez un sortilège de résurrection !

Et vous ? Sorcière ? Femme ? Femme et sorcière ?

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