9 December, 2019
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Anna Coleman Ladd, sculptrice pour gueules cassées

Son talent d’artiste au service des défigurés.

En 1918, la guerre ne s’arrête pas d’un coup d’un seul pour de nombreux Français. Nombreuses sont celles qui pleurent un mari, un fils, un frère. 1 500 000 soldats Français ont été emportés dans la tourmente. Il y a autant de blessés. Parmi eux, ceux que l’on appelle « les gueules cassées ».

Environ 15000 hommes ont été défigurés lors des combats. Ils sont rentrés vivants mais avec des mutilations terribles au visage. Ils s’enferment chez eux ou s’éloignent de leurs familles. Vivent dans la marginalité. Fuyant le regard effrayé des passants. Le rejet des autres. Les pleurs des enfants. La tristesse de leurs proches.

La naissance de la chirurgie esthétique

C’est dire si ce que va faire Anna Coleman sera utile. 

Anna Coleman Ladd est une sculptrice américaine qui va leur permettre de retrouver un visage.

Mariée à un médecin français, elle va concevoir des prothèses faciales qui permettront à ces grands blessés de recouvrer leur dignité.

Anna Coleman ouvre un atelier au début de la guerre, en 1917, avec le soutien de la Croix Rouge. Les nouvelles armes de combat, comme le gaz, les obus, les lance-flammes, font des ravages.

C’est le début d’une nouvelle chirurgie plastique que met au point cette grande dame. Elle réalise des moulages des visages de ces victimes, sculpte les parties manquantes puis les peint, en respectant la couleur de leur teint. Le résultat est saisissant pour l’époque. Elle travaille aussi à partir d’anciennes photos pour retrouver l’image des visages de ces gueules cassées.

« Elle faisait un moule en plâtre du visage de son sujet, remplissant les parties manquantes, puis galvanisait le résultat dans le cuivre. Après des raccords et des ajustements répétés, qui pouvaient durer plusieurs semaines, Ladd positionnait le masque sur le visage de son sujet, puis appliquait un masque qu’elle peignait ensuite selon la couleur de la peau de l’homme. »

« Ensuite, un masque de gutta-percha (type de latex) était fabriqué pour la zone à restaurer. Certains masques couvraient tout le visage, mais la plupart étaient des masques partiels, couvrant un menton et une joue, ou un nez et un œil, tout ce qui avait été endommagé. »

De nombreux hommes lui en seront très reconnaissants, comme le montrent les lettres que certains d’entre eux vont lui envoyer. Certains n’étaient pas encore rentrés chez eux depuis la guerre, redoutant les retrouvailles avec leurs proches ou refusant qu’on les voie ainsi défigurés.

L’un d’entre d’eux lui écrit que grâce à elle, il peut « vivre à nouveau ». Un autre lui écrit qu’il va pouvoir épouser la femme qu’il aime.

Après la fermeture de son studio, Anna retourne à Boston et se consacre à nouveau à son art, avec des œuvres dont les thématiques se rapprochent de son travail d’avant-guerre.

En 1932, elle reçoit le grade de chevalier de la Légion d’honneur.

Anna Coleman Watts Ladd meurt le 3 juin 1939 en Californie.

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