6 June, 2020
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18 octobre 73, une française détourne un avion en protestation contre Rabbi Jacob !

Il était une fois… les aventures de Rabbi Jacob « pro-sioniste »

Portrait d’un film :

Louis de Funès, dans son personnage habituel – autoritaire et terrorisant son entourage – raciste et et antisémite de surcroit -, doit se déguiser en rabbin orthodoxe. Plus de 7 millions d’entrées pour cette fable sur l’apprentissage de la tolérance. En choisissant Louis de Funès pour ce rôle, Gérard Oury sait qu’il met toutes les considérations négatives à distance, valorisant le comique de son héros et les situations auxquelles il est confronté.

Portrait d’un cinéaste :

Gérard Oury aime les fables, le vaudeville au cinéma, et les couples antagonistes d’acteurs. Il subira l’intolérance à New York dans le quartier juif orthodoxe où il devra renoncer à tourner après s’être fait traiter de pornographe. Il renoncera également à la rue des Rosiers à Paris pour un quartier de Saint Denis.

Portrait d’une époque :

Le scénario est écrit à l’époque des détournements d’avions par les Palestiniens et pendant la prise d’otages de Munich en septembre 72. Le film sort en octobre 73, quinze jours après le début de la guerre du Kippour (entre Israël, l’Egypte et la Syrie). Dans le même temps, la France découvre le chômage. L’importance de l’immigration maghrébine devient un enjeu de politique intérieure et le travailleur étranger devient le bouc-émissaire de cette nouvelle conjoncture. Antisémitisme et racisme commencent à infuser dans le pays.

Le jeudi 18 octobre, alors que le film sort en salles, l’épouse de son producteur Georges Cravenne, Danielle Cravenne, une femme psychologiquement fragile, détourne un avion d’Air Inter effectuant la liaison ParisNice. Très touchée par la guerre et considérant le film « pro-sioniste », elle réclame l’annulation de sa sortie et demande à atterrir au Caire.

Le pilote de l’appareil réussit à obtenir de Danielle Cravenne de pouvoir se poser à l’aéroport de Marseille Marignane pour ravitaillement, faute de carburant suffisant pour joindre la capitale égyptienne. Après l’évacuation des passagers, le Groupe d’intervention de la police nationale (GIPN) s’introduit dans l’avion et tire à plusieurs reprises sur l’auteure des faits, à la tête et à la poitrine. Danielle Cravenne mourra des suites de ses blessures dans l’ambulance qui la conduit vers une clinique, à l’âge de 35 ans. Les policiers semblent avoir agi en état de légitime défense mais aucune preuve d’un tir de la pirate de l’air sur eux ne semble le confirmer. Son mari, convaincu que sa mort aurait pu être évitée, intentera un procès à l’État, qu’il finira par perdre.

Bien qu’insolite, le fait divers est rapidement oublié et demeure méconnu, malgré le succès du film qui l’a provoqué.

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